jeudi 26 juin 2014

Faisons de la France une exception ! Ni oncle Tom, ni Angela !

Charles et François la jouaient grand pardon et plutôt fraternité entre les peuples. Genre, on s'est tapé dessus tous les 25-30 ans mais maintenant c'est main dans la main, les deux cylindres d'un moteur qui va faire vrombir une Europe éblouissante. En même temps, ça avait de la gueule les embrassades de l'homme du 18 juin avec un Konrad qui illustrait que même de l'autre côté du Rhin il y avait des victimes et des opposants à la barbarie nazie (pour reprendre un lieu commun façon kachouri). Et le grand Helmut donnant la main dans un cimetière à un François qui semblait si rétréci à côté mais si grand dans l'âme et dans cet instant où le culte de la rancœur aurait été tellement plus facile et rassembleur pour les fronts bas. De belles images qui nous manquent aujourd'hui.

Bref, c'est plutôt avec Giscard et Helmut le petit qu'on a commencé à nous la jouer complexé. Je vous épargne la période du VRP du salon de l'agriculture et de la bière mexicaine dont l'histoire ne retiendra qu'un immense discours prononcé à l'ONU par son ministre des affaires étrangères et c'est déjà très grand, pour arriver au petit Nicolas, ce grand mystificateur devant l'histoire, le chef de bande autour duquel les attentats suivent les rétro-commissions, les trafics d'influence accompagnent les fausses factures et les dépassements de budgets masqués mais qui a l'extraordinaire virginité de celui qui ne sait rien, qui n'a rien fait, qui connaît à peine ceux qui sont impliqués. Nicolas, lui, il crie vive la Libye libre après avoir bombardé un dictateur généreux de pétro-dollars reçu avec les honneurs peu de temps auparavant. Une Libye tellement libre qu'aujourd'hui, abandonnée de tous, elle est devenue une plaque tournante de tous les terrorismes où ne cessent de se massacrer des factions qui ne savent même plus pour quoi ou pour qui elles se battent mais dont les victimes sont toujours les mêmes depuis la nuit des temps. Un jour, il faudra quand même qu'on s'occupe de ceux qui vendent les armes... mais de ceux-là, personne n'en parle. Nicolas, lui, il est de ces politiques qui ne craignent pas le paradoxe. Il était omniprésent partout et pour tout, s'occupait de tout et de tous, gouvernait à l'Elysée, à Matignon, dans les régions. Pas un citoyen ne toussait dans le monde sans qu'il ne soit informé. Et pourtant, il n'était au courant de rien de ce qui se passait dans son entourage le plus proche. Nous prendrait-on pour des imbéciles ? Certainement pas puisque manifestement les français, à l'instar des levalloisiens avec les Balkany, nous remettraient Sarko sur le trône républicain à la première occasion. On dit que de Gaulle aimait plus la France que les français... décidément, cet homme était lucide.

Mais revenons à nos moutons, ce qui est le cas de le dire dans cette grande manipulation des masses. Pendant des décennies on nous a bassiné avec l'idéal et le rêve américains. Que voilà LE modèle qu'il fallait suivre ! Dire si ça a marché ! Nos enfants s'appellent John, Kevin, Dylan, Emily, Abigail, Samantha, ... Une bonne chanson est en américain, Mc Do est devenu la référence culinaire de nos enfants qui trouvent que la bouffe à la cantine c'est vraiment pas bon, le surpoids de nos jeunes générations coca-cola se mesure aux bourrelets qui recouvrent les ceintures des pantalons taille-basse, et même ceux qui combattent le fast-food parlent du slow-food, ... c'est dire. Le coup a tellement bien réussi que je lisais récemment que si 57 % des français pensaient en 1945 que c'est l'URSS qui a le plus contribué à la défaite nazie contre 20 % qui disaient que c'étaient les Etats-Unis, ils n'étaient plus que 20 % en 2004 à citer l'URSS contre 58 % pour les Etats-Unis. Inversion totale ! L'histoire est toujours écrite par les vainqueurs ! Sans compter que, dans le même temps, les patrons paternalistes sont devenus des actionnaires qui n'ont pour seul objectif que l'augmentation du capital,  que l'autorité du chef du personnel à laissé la place à l'amabilité perverse du DRH, que la discipline du surveillant général s'est muée en animation de la vie scolaire par le Conseiller Principal d'Education, que 5 colonnes à la Une est aussi ringard que les anges de la téléréalité sont modernes et que, pour attirer des spectateurs il vaut mieux inviter Nabilla qu'Edgar Morin. Mais surtout, surtout, la plus grande révolution aura été de faire des citoyens que nous étions les consommateurs que nous sommes. Voilà bien la grande victoire du libéralisme. On sait bien que ce ne sont plus les politiques qui gouvernent et que le pouvoir ne se situe pas dans les hémicycles parlementaires. Mais on n'ose pas dire non plus que ce ne sont plus des citoyens que l'on gouverne mais des consommateurs.
Et ça, ça change tout. Il suffisait d'ailleurs d'assister à la dernière réunion de parents sur les rythmes scolaires pour mesurer que les attentes d'un consommateur sont très éloignées de celles d'un citoyen et que, très vite, le dialogue de sourds s'installe quand les consommateurs s'adressent à des politiques dignes de ce nom. Même dialogue de sourds d'ailleurs que lorsque des citoyens s'adressent à des actionnaires. Mais le problème, avec le consommateur, c'est qu'il veut davantage d'argent que de travail. Or, même dans une société libérale, ça ne marche pas. Pour que les actionnaires augmentent le capital, il faut quand même un minimum de domestiques au boulot. Grâce aux banques et à Sarko qui vantait les crédits, la plupart des salariés consommateurs sont endettés jusqu'au cou. En conséquence de quoi, seule une minorité dispose encore de l'autonomie suffisante pour faire entendre sa voix. On mesure une politique à son bilan dit-on. Allez, soyons fous : la moitié des américains ne croient pas à l'évolution des espèces, ni à Lucie et pensent que l'humanité descend tout droit d'Adam et Eve. Ça, c'est pour le niveau intellectuel. Moins de 10 % de la population détient 83 % de la richesse mondiale, 1 % contrôle 47 % du patrimoine, 69 % s'en partage 3 %. Ça c'est pour l'équité.

Reste que, pour faire bosser tout ce petit monde, il faut des arguments de choc. C'est là que le complexe de "l'infério-germain" intervient. La rigueur allemande, la discipline allemande, l'auto-discipline allemande, la solidité et la fiabilité des produits allemands, la santé économique de l'Allemagne, le faible taux de chômage allemand... j'en passe et des meilleurs. Ajoutons à cela que toute idée française qui ne serait pas appliquée ailleurs en général en Allemagne en particulier est une idée idiote par définition.
En revanche, on n'oubliera pas que toute initiative allemande qui n'est pas appliquée en France montre bien à quel point nous ne savons pas nous inspirer des bons exemples. La preuve, Angela a, outre-Rhin, une popularité inversement proportionnelle à celle de François en France. On omettra évidemment d'évoquer que les familles allemandes ne font pas d'enfants faute de compensation de carrière et de soutien social, que de ce fait les femmes y travaillent moins qu'en France, que la population allemande est dangereusement vieillissante et que le taux d'immigration y est "kolossal" ! On oubliera également qu'il n'existe pas de salaire minimum et qu'il faut multiplier les employeurs pour atteindre un salaire à peu près viable. On oubliera évidemment que le pas de l'oie n'a jamais été de culture française et que c'est plutôt une bonne nouvelle. On oubliera aussi de dire qu'en 1792, toute l'Europe était contre le peuple français et sa révolution et que Napoléon est né de leur intolérance. La tyrannie naît de la tyrannie.

Et si... laissez-moi rêver un instant. Et si l'exception française n'était pas seulement culturelle. Et s'il y avait vraiment un génie français et que ce génie était tout simplement incompatible avec une société ultra-libérale ? Et si les valeurs posées par le Conseil National de la Résistance n'étaient pas tout simplement un rêve, un véritable idéal de société et que le libéralisme n'est qu'une erreur qui s'échine à le détruire parce qu'il ne favorise pas sa nécessaire exploitation des êtres pour augmenter son capital ? Et si on se dressait pour dire que nos succès médicaux, scientifiques, industriels, nos TGV, nos Airbus, nos cœurs artificiels mais aussi nos écrivains, nos festivals, nos musiciens, valent bien tous les allemands de la terre ? Et si on pouvait simplement être fiers de notre passé, et croire en notre avenir ailleurs que dans un stade de football en beuglant une marseillaise avinée. Et si, comme en 92 à l'ombre d'un célèbre moulin, sans fusil cette fois mais avec la même détermination, on faisait face au monde en lui disant qu'on ne se laissera pas envahir par son libéralisme cancéreux et qu'on se croit assez puissants pour créer autre chose, ici, maintenant, sur terre. 

Quelqu'un a dit un jour que l'utopie c'est juste un territoire qui n'a encore jamais été visité. J'aime cette idée et j'aime rêver parfois que tout est encore possible. Qu'il suffit juste de le vouloir. S'il vous plait, ne me réveillez pas !


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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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