jeudi 5 juin 2014

Je ne crois plus au père Noël !

Après avoir pris de la hauteur pour faire une analyse de fond, après avoir pris le recul nécessaire pour avancer, je suis arrivé à cette intime conviction  : Dieu n'existe pas ; je suis athée !!!!
Ça y est, je l'ai dit ! Je me suis lâché au risque de me faire lyncher !  La dernière fois que j'ai vécu pareil moment, m'interrogeant sur ce qui allait advenir de mes relations sociales, j'étais en moyenne section de maternelle et j'annonçais tout de go à mes petits camarades que je ne croyais plus au père Noël.  Voilà que je vais devoir revivre les drames de mon enfance, l'invective et le regard accusateur de mes petits camarades se sentant soudainement trahis ; je vais à nouveau devoir endosser le costume du mécréant d'autant plus lourd à porter en cette ère du retour des grandes religions dans à peu près tous les sujets politiques et sociaux.

Et pourtant, quel choc cela fut pour moi que de comprendre l'inexistence du Dieu des enfants. J'y croyais si fort. Certes, je n'avais aucune information objective, aucune preuve scientifique, aucun texte historique m'intimant de ne pas douter de son existence. Mais il y avait deux faits incontournables qui justifiaient son indéniable réalité. Le premier est que ce sont mes parents qui m'ont informé de l'existence du père Noël. Ils y ont mis un tel accent pour renforcer l'évidence déjà naturelle de leurs affirmations qu'à la façon de Descartes qui se revendiquait de la religion de son roi et de sa nourrice,  il devenait impossible que je pusse douter une seule seconde de leur parole. J'ajoute que l'existence du père Noël constituait de surcroît une référence à mes comportements quotidiens grâce au deuxième fait. Si j'étais sage, alors le père Noël m'apporterait les plus jolis cadeaux tandis qu'à l'inverse, le père fouettard s'occuperait de moi. Ainsi donc, ma ligne de conduite était-elle toute tracée, dictée par un père Noël préoccupé par mes comportements et dont mes parents étaient les prophètes. Tout était bien. Il était inutile que je comprenne le bien fondé des actes qui m'étaient recommandés ou interdits, le père Noël y avait songé pour moi et il me suffisait d'en suivre les préceptes. Mes actes quotidiens s'inscrivaient donc dans l'espoir de la récompense et la crainte de la sanction, balloté que j'étais entre fierté et culpabilité. L'obéissance avait la primeur sur la conviction et les moutons (c'est le cas de le dire) étaient bien gardés. Et voilà que patatras, l'idée de ce jovial personnage rondouillard à la barbe immaculée malgré les milliers de cheminées traversées, passant ma panoplie de Josh Randall et mon ours en peluche dans les tuyaux du radiateur de notre petit appartement de la gendarmerie (et oui kachouri moi aussi je connais la gendarmerie) m'est soudainement devenue si incompréhensible que son absurdité fut éclairée par l'évidence.

J'ai donc rompu avec le père Noël et fait face à mes camarades d'école. Après quelques larmes, un œil au beurre noir et une semaine de bouderie à mes parents qui m'avaient menti... mais comme c'était par amour... mon quotidien n'avait guère changé. Au fur et à mesure que mes regrets du père Noël s'amenuisaient, les espoirs envers Dieu m'envahissaient. Je quittais donc père Noël et père Fouettard pour découvrir Dieu et Diable ! C'était quand même moins marrant. Au moins, avec le père Noël, on remettait les compteurs à zéro tous les ans et on avait les cadeaux au pied du sapin. Certes, on aurait toujours les cadeaux sous le sapin mais pour la vraie récompense, là, il faudra attendre le costume en sapin pour en profiter. A part ça, le fonctionnement n'avait pas changé, l'obéissance avait toujours la primeur et la seule conviction qu'on me demandait c'était que croire suffit pour être convaincu.

Les années passant, de la même façon que je suis passé du père Noël à Dieu, après un long débat schizophrénique opposant la croyance à la raison et la transcendance à l'immanence, je suis passé de Dieu à l'Homme. J'ai découvert que le pacte social est un contrat entre les êtres et entre les êtres et la communauté qu'ils constituent. J'ai découvert qu'on pouvait s'émerveiller de la vie, de la nature et de l'univers sans faire appel à Dieu pour expliquer la beauté des choses. J'ai découvert que si jamais il y avait un au-delà il n'était pas nécessaire qu'il fût un royaume ; une république était bien assez. J'ai découvert que l'obéissance générait la désobéissance et que seule la conviction pouvait être pérenne. Et à ceux qui me disent que sans Dieu pas d'espoir et pas de morale, je réponds que je n'ai pas besoin de lui pour dire bonjour, s'il vous plait et merci et comprendre la nécessité du respect mutuel, que construire pour les générations futures un monde immanent est un beau projet et un bel espoir et que ce n'est pas la récompense qui fait l'entreprise.



2 commentaires:

Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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