mercredi 4 juin 2014

Réforme pénale, ça peut ne pas coûter cher !

Le débat est enfin lancé et il aura fallu attendre 2014 et le courage d'une femme pour qu'enfin, après des milliers d'années de sanction quasi-unique par privation de liberté dans des conditions souvent dégradantes, on s'interroge enfin sur l'objectif de la réponse de la société à la transgression de ses règles par ceux qui la composent.

Combien de fois faudra-t-il répéter que la justice d'un état civilisé n'est pas le bras armé de la vengeance. La souffrance du coupable, pas plus que sa rédemption, ne peut constituer une réparation de la victime. Il appartient à la société d'une part, d'entourer la victime et de l'accompagner dans la réparation du préjudice et la cicatrisation du traumatisme associé et, d'autre part, de comprendre le processus qui a conduit à l'acte délinquant, d'en sanctionner l'auteur au pire en évitant la récidive au mieux en favorisant la réinsertion.

Oh, soyons réalistes et ne nous attendons surtout pas à un débat de haute volée. Il y a belle lurette que la transpiration médiatique des échanges parlementaires a contribué à en rabaisser le niveau ; l'objectif premier étant désormais de faire le paon devant une population avide d'événements et de petites phrases aussi amplifiés que déformés par les chasseurs de scoops. Mais au moins commencera-t-on à diffuser une réflexion de fond qui s'interrogera sur les causes de la délinquance (et elles sont nombreuses) et sur les remèdes à y appliquer.

Certes, l'interrogation sur la possible récidive consécutive à toute peine alternative est légitime. Mais qui peut raisonnablement lui opposer une prison dont on sait que non seulement elle ne réduit pas la récidive mais qu'au contraire elle l'aggrave et fait souvent d'un petit délinquant un candidat au grand banditisme. Pas plus que la peine de mort ne réduisait les crimes de sang ou les infanticides, la prison et ses fréquentes conditions dégradantes d'incarcération ne protègent la société des bandits, des escrocs, des trafiquants, des petites et grandes frappes. Tout juste, la peine peut-elle consoler partiellement une victime qui souhaite voir la souffrance changer de camp. Il y aurait beaucoup à dire sur l'état de notre justice, sur la nature des peines et les conditions de leur application. Ce qui est certain c'est que toute condamnation qui ne s'inscrit pas dans un processus réparation/sanction/réinsertion ne dépasse pas le seuil d'une vengeance qui ne peut être que nourricière d'insécurité.

Si notre société voulait s'engager dans une véritable politique de justice, il lui faudrait avant tout s'en donner des moyens financiers et techniques à la hauteur de ses ambitions. Il lui faudrait aussi s'interroger sur ce qu'elle renferme en elle et dans son fonctionnement qui cultive les violences et les incivilités. A entendre la bonne vieille droite réactionnaire d'un côté, l'angélisme désespérant de l'autre et les religieux de tous poils qui n'ont pas décoincé de la babylonienne loi du talion revendiquant des règles et des sanctions imposées par un improbable Dieu ... c'est pas gagné. Cependant, qui oserait prétendre qu'une collectivité construite sur la force de ses liens sociaux n'est pas moins sécuritaire qu'une société individualiste où règne la loi du plus fort, où le moi l'emporte sur le nous. Lorsque j'évoluais dans le milieu humanitaire, je me souviens d'un médecin qui me racontait ce jeune homme africain qui vivait dans un village. Comme tous les autres il était pauvre au sens libéral du terme. Mais chacun était entouré des autres, des plus jeunes aux plus anciens. Et chacun entourait les autres. Il y avait l'auto-suffisance, sans plus, mais elle était là. Un jour, ce jeune homme a souhaité partir à la ville pour gagner de l'argent. Il voulait revenir au village et le faire profiter de ses gains. Mais la réalité de la ville n'était pas ce qu'il en imaginait. Il n'en connaissait pas les codes. Il n'avait pas de métier et n'avait donc que les travaux les moins bien rémunérés et les plus durs à espérer. Tout cela n'était rien à côté de la solitude, de l'absence des proches auprès de qui partager, se confier. Ce jeune homme est décédé dans les bras de mon ami médecin des suites d'une crise de delirium consécutive à ses excès d’alcool dans lequel il avait fini par se réfugier. Il avait quitté la pauvreté pour découvrir la misère.

Je ne sais pas pourquoi mais j'ai comme l'impression que ce n'est pas dans notre société libérale que nous construisons les liens sociaux. Et pourtant, ça ne coûte pas beaucoup d'argent. Cela ne dépend pas seulement du gouvernement et cela ne fonctionne que si chacun d'entre-nous regarde l'autre.

Aujourd'hui, j'ai encore pris le RER... Non, décidément... c'est pas gagné !


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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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