vendredi 11 juillet 2014

Les lunettes du président

Décidément, le peuple de France sera continuellement trahi par ses gouvernants. Jugez plutôt. Il y a déjà plus de deux siècles,  dans une taverne à Varennes, on s'est aperçu que l'équipage de petits bourgeois qui faisait halte n'était autre que le roi et sa famille qui fuyaient vers l'étranger. Il y a peu, nous apprenions que Nicolas Sarkozy était sous la coupe d'innombrables enquêtes judiciaires et même qu'il commençait à être mis en examen. Cette semaine, grâce à un fabricant patriote qui en a informé de façon totalement désintéressée une presse qui n'a qu'un seul souci : contribuer par l'information à faire de tout individu un citoyen éclairé et un acteur pertinent de la démocratie, nous avons découvert que, si les verres étaient fabriqués en France, les montures des lunettes de notre président étaient, elles, fabriquées au Danemark. A qui peut-on encore faire confiance ? Faut-il couper la tête de tous nos chefs d'état ? Crime de haute trahison, absence totale d'exemplarité de la part du plus haut représentant de la nation, information essentielle, primordiale qui, malgré tout, et je l'avoue humblement, ne m'a pas empêché de reprendre deux fois de cette délicieuse salade de tomates au thon que mon épouse prépare si bien.

Je me suis ensuite couché en pensant que lorsque l'on entend chaque soir, comme on nous en abreuve aujourd'hui, des citoyens de France considérer que ceux de la région d'à côté, ne fut-elle qu'à quelques kilomètres de là, sont d'une autre culture incompatible avec la leur et qu'ils ne veulent pas prendre en charge des "boulets", on peut comprendre en effet que les mêmes soient choqués par les montures danoises du président. Je ne doutais pas un instant que ceux qui dénoncent comme ceux qui sont choqués y compris le fabricant patriote, ne portent que des vêtements fabriqués en France et qu'ils ont définitivement rejeté de leurs armoires chemises, robes, jupes, chaussures, pantalons, vestes, chaussettes, sous-vêtements en tous genres d'origine chinoise, indienne, bangladaise, turque, etc. Et je ne doute pas un instant que les médias, d'une façon générale, refuseront désormais de publier les publicités des marques vestimentaires qui, au mépris des droits de l'homme les plus fondamentaux, n'hésitent pas à faire travailler des êtres humains y compris des enfants, dans les conditions les plus abjectes qui vont jusqu'à mettre leur vie en péril.

Heureusement que peuple et médias sont là pour nous témoigner de leur exemplarité.


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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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