lundi 22 septembre 2014

La barbarie des bons sentiments

Elle a 15 ans, elle s’appelle Alicia. Elle a trouvé très amusant, entourée de quelques amis qui l’ont filmée à cet effet, d’humilier une jeune femme souffrant de légers troubles mentaux. Humiliation verbale, gifles, que du bonheur pour cette adolescente nourrie aux réseaux sociaux où les lapidations publiques pour tout un tas de motifs échappant à l’entendement sont légions et où la virtualité habille désormais des rapports interpersonnels sans règle et sans limite. De fait, il s’inscrit dans l’esprit de ce petit groupe d’adolescents modernes, rompus à l’utilisation des nouvelles technologies numériques, de publier sur « Facebook »  le film de la « bonne blague ». Objectif, faire le buzz ! C’est la mode aujourd’hui. Qu’importe ce que l’on dit ou pense de moi, l’important  est qu’on parle de moi, qu’on vienne me voir. On intègre Nabilla dans une émission de télé parce que ce qu’elle dit n’a jamais dépassé le niveau de « Non mais allô quoi ! » et qu’on s’amuse de la voir raconter ses âneries avec le même rire malsain que procure l’ivrogne qui tente désespérément de monter sur son vélo, le pantalon baissé, à ceux qui l’ont fait boire avec des regards entendus. C’est si drôle ! Ce sont les stars des temps modernes, heureuses qu’on les regarde, indifférentes à leur ridicule sans lequel elles resteraient anonymes conscientes, toutefois, qu’elles partagent avec leur public la même fainéantise pour sortir de la médiocrité.

Mais il arrive que l’odieux titille un reliquat de bonne conscience, du moins le croient-ils, chez ceux qui en sont indirectement les témoins et qui, soudainement, enquêtent pour identifier la coupable, la retrouver et pour finir, la dénoncer sur les réseaux dits « sociaux ». La voilà à son tour harcelée, jetée en pâture par tous ces bons sentiments qui pensent que l’odieux de l’acte les rend légitimes d’abord comme juges, puis comme bourreaux. Il ne manque désormais que la corde pour que le lynchage soit parfait.


Quand l’émotion l’emporte sur la raison, la justice fait place à la vengeance, la civilisation s’efface devant une barbarie qu’aucune technologie ne peut éviter. Il est temps, grand temps de trouver les ressources pour nous réinventer une humanité déjà trop abîmée.

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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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