mardi 31 mars 2015

Va y comprendre quelque chose !

Quand on a la chance de vivre dans un pays civilisé et démocratique et médiatisé et tout et tout, à chaque événement, il y a un "expert" pour nous expliquer comment et pourquoi ça a bien pu se passer (ça, c'est quand on n'a pas encore d'information sur l'événement commenté), ensuite ce qui s'est véritablement passé (ça c'est pour nous décrire ce que l'on voit) et enfin ce qui pourrait désormais se passer (là, on n'a évidemment pas d'info mais comme de toute façon personne ne vérifiera, on s'en fout un peu. ).

Bref, observez bien, ça marche à tous les coups et le crash de l'A320 de la Germanwings n'a pas failli à la règle. Si ça continue, on va bientôt nous retrouver un copain d'école maternelle d'Andréas Lubitz qui témoignera que le fameux copilote aimait tirer les oreilles de ses ours en peluche. Ceci démontrerait que, petit déjà, il avait des idées mortifères. On fera alors venir sur un plateau un pédopsychiatre au cheveu fou et au verre de lunettes épais comme une tranche de saucisse de Toulouse qui nous expliquera ce qu'il est possible de détecter dans les gestes anodins des petits enfants. L'interview déclenchera alors un regard discret mais néanmoins suspicieux de la part de géniteurs inquiets qui, voyant leur progéniture faire des signes étranges avec une fourchette dans la purée façon la maison du docteur Edwardes, ne manqueront pas de se précipiter à la consultation de la psychologue recommandée par la maîtresse, elle-même experte en psychopathologie vu qu'elle est assez copine avec une maman dont la voisine de palier a une soeur qui habite dans le village où un directeur d'école a violé la moitié de ses élèves.

En politique, c'est encore mieux puisque les acteurs de la dramaturgie eux-mêmes s'ajoutent aux experts et, évidemment, aux incontournables analystes pointus que sont les journalistes qui savent tout même que quand un politique dit quelque chose ils savent mieux que lui pourquoi il le dit. Genre Nathalie Saint-Cricq qui, la mise en plis défaite, la bouche en coeur et le mépris goguenard au coin des yeux, essaie désespérément de la jouer spontanée avec la tête qui opère un va et vient de droite à gauche tandis que les yeux restent fixes, rivés qu'ils sont sur le prompteur qui lui dicte la réponse à la question posée par le playmobil Pujadas et improvisée une heure plus tôt en comité de rédaction. Alors vous pensez bien qu'avec ça si vous ne savez pas ce qui s'est passé dimanche et pourquoi ça s'est passé comme ça et ce qui va dorénavant se passer, c'est que vraiment, vous ne valez pas mieux que les ceusses qui, une semaine avant les élections, ignoraient encore leur existence (ils étaient quand même un Français sur dix... et ça donne des leçons !).

Bon, en même temps et malgré tout ça, pas vraiment facile de comprendre et de s'y retrouver. Par exemple, Jérôme Guedj qui, sentant le vent tourner, a souhaité marquer sa différence en revêtant un costume frondeur de gauche de la gauche moins de gauche que ceux qui sont à la gauche de la gauche mais plus de gauche que ceux qui sont à la droite de la gauche mais qui sont quand même de gauche. La débâcle de 2017 étant annoncée, la Bérézina des régionales relevant du pléonasme, il fallait tenter de sauver son siège malgré l'évidence d'un Waterloo départemental ("Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge !" disait Voltaire qui a dû avoir, avant l'heure, quelque dirigeant socialiste comme ami). Et Jérôme Guedj et ses amis, de nous expliquer, la larme à l'oeil après avoir pris la raclée de leur vie, que les Français ont voté à droite parce qu'ils voulaient une vraie politique de gauche. C'est d'ailleurs ce qu'il a toujours défendu et s'il a été ventilé façon puzzle c'est que les Français ne l'ont pas entendu à cause du Front Bas national qui fait rien que nous embêter.

Disons quand même les choses, de Gaulle l'évoquait déjà, gouverner un pays qui a plus de 300 sortes de fromage, c'est pas évident. Je résume : 68 %  des Français se sont partagés entre la droite et l'extrême droite pour élire leurs représentants à... je vous l'donne Emile... à la couche des collectivités locales qui traitent le plus du social. Exemples : Les compétences du département sont :

Social :
Le RSA (revenu de solidarité active), APA (allocation personnalisée d'autonomie), ADAJE (allocation départementale d'accueil du jeune enfant - aide à l'enfance en danger, protection des mineurs)... je vous laisse juste imaginer la position de la droite et de l'extrême droite sur ces sujets.
Santé :
Protection de la mère et de l'enfant grâce à son réseau PMI où toutes les consultations gynécologie et pédiatrie sont gratuites, vaccinations gratuites des enfants, prévention des conduites à risques et des addictions, détection des maladies (cancer, tuberculose, MST, ...) :  on peut compter sur la droite et l'extrême droite pour développer ces initiatives en période de vaches maigres budgétaires
Enseignement : construction, entretien et équipement des collèges auxquels il attribue également une dotation financière pour le fonctionnement et assure le recrutement, la rémunération et les carrières du personnel technique, ouvrier et de service. En outre c'est le département qui est chargé de la confection des repas et du tarif de la restauration. Je ne sais pas pourquoi mais sur ce point, après l'expérience Sarkozy, je sens que ça va déborder de moyens dans les collèges et que le prix de la cantine va autant baisser que son accès sera favorisé aux enfants de chômeurs dont aucun des parents n'a d'emploi.
Mais la recette est toute là et facile. Quand vous n'avez pas besoin des aides sociales, de la PMI, etc., les actions du département vous passent au-dessus de la tête. Donc, si on les réduit, vous vous en tapez comme de l'an 40. Si, du coup, on baisse les impôts... alors là par contre, vous le verrez, parce que ça tout le monde le voit. Et donc vous trouverez qu'en baissant les impôts le département fait vachement bien son boulot. On va donc pas risquer de les augmenter pour filer du pognon à ces fainéants de bougnoules et de noirauds juste bons à trafiquer dans nos cités, parce que c'est bien çà qu'on distille dans les esprits en ce moment. Alors voilà mes enfants... c'est du tout cuit ! La droite est là pour un moment !

Re-Bref ! Confier à la droite les clefs de la solidarité et du social, là, fallait quand même y penser et le faire ! Mais il parait que les Français s'en foutent et qu'aux départementales ils ont voté pour du national. En somme, entre d'un côté, Sarkozy qui a supprimé un nombre considérable de postes de fonctionnaires, singulièrement dans l'enseignement et la police et, de l'autre, la famille Le Pen héritière politique des Pétain et autres tenants de l'Algérie française, on peut quand même raisonnablement se demander si notre bon peuple exemplaire à tous points de vue n'aurait pas tout simplement une mémoire de poisson rouge. Et encore, je ne m'interdis pas de penser que celle des cyprins de mon jardin est bien meilleure.

Je rêve du jour où mes concitoyens liront les bulletins de leur région, de leur département, de leur commune pour s'informer de ce qui est fait. Je rêve du jour où ils seront plus de 5 dans l'assistance du conseil municipal. Je rêve du jour où ils connaîtront les compétences de leurs élus. Je rêve du jour où la démocratie ne galvaudera plus son nom.

Il y a des pays totalitaires dont les peuples font la révolution pour elle. Mais elle demande tellement d'efforts pour rester vive que j'ai peur qu'ailleurs, ce soit les peuples eux-mêmes, blasés, qui la détruisent. 

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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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