jeudi 9 avril 2015

La donation de Jean-Marie


Lorsque Jean-Marie, lassé d'un long voyage, 
Dans les brouillards du soir d'une vie sans repos,
Ses petits affamés de pouvoir sans partage
L'entouraient à dessein de mieux s'en faire écho.
Déjà, croyant saisir tant de millions de voix,
Ils invoquent leur père avec des cris de joie
En secouant leurs babines sous leurs regards hideux.
Lui, gagnant à pas lents la tribune élevée,
De son oeil pendant veillant sur sa couvée,
Colon mélancolique, il se sait bien trop vieux.
Le sommet est trop haut lui avait dit Pierrette ;
Quand du Front national il était le moteur ;
L'avenir sera vide s'il en reste à la tête ;
Se donner pour sa fille est son ultime honneur.

Que Musset me pardonne d'avoir ainsi dévoyé son poème mais c'est à lui que j'ai pensé à l'écoute de la comédie des effarements des dirigeants du Front national à la lecture de l'entretien de Le Pen dans Rivarol. Ainsi, tel le pélican de Musset qui n'a plus que ses entrailles à offrir en nourriture à sa progéniture, je voyais Jean-Marie Le Pen se sacrifier sur l'autel de sa succession. 

De moteur qu'il fut pour son mouvement, le patriarche en est devenu le boulet. Le Front national de Jean-Marie Le Pen était un instrument de combat et de résistance sans autre volonté que de maintenir en vie un mode de pensée révolu. Le Front national de Marine Le Pen est un mouvement d'accession aux responsabilités, non, d'accession au pouvoir est plus juste, que les récents succès électoraux ont rendu sinon probable du moins envisageable. De fait, avant le grand soir de 2017, il y avait l'urgente et impérieuse nécessité de s'affranchir du père fondateur si l'on voulait continuer d'attirer tous les petits esprits séduits pas la perspective offerte mais qui répugnent à supporter l'héritage d'un passé méprisable. Ceux-là seront nécessaires pour atteindre le trône, ils le seront moins pour le conserver. Mais convaincre qu'on ne s'inscrit pas dans cet héritage tout on conservant le parti, ses militants, ses cadres, bref, tous les nostalgiques d'une Algérie française et d'une France dont le Travail-Famille-Patrie couvre la voie(x) du Liberté-Égalité-Fraternité relevait de la mission impossible. Les mots ne remplaceront jamais les faits. Et de ce point de vue, tout juste peut-on faire semblant de s'en démarquer en expurgeant des manifestations les panoplies nazillardes qui éructaient le bras tendu ou en créant un mouvement parallèle, Bleu Marine, une excroissance du culte de la personnalité si cher à ces mouvances totalitaires. Un mouvement ceint d'une forme de virginité politique et d'une respectabilité acceptable par tous ceux qui n'osent s'afficher en collusion avec un fascisme rampant.

Mais cela ne suffit pas ! De fait, l'information n'est pas que Jean-Marie Le Pen réitère son détail de l'histoire. Elle n'est pas non plus qu'il réhabilite pour la énième fois Philippe Pétain. Elle n'est pas qu'il se glorifie d'être entouré de Vichystes et encore moins qu'il se livre dans Rivarol, un journal à l'antisémitisme affiché. Et elle n'est surtout pas le suicide politique d'un homme. Cet homme ne se suicide pas, il ne fait que ressasser ce qu'il a toujours dit et pensé. Aussi, cet homme ne détruit rien de ce qu'il a construit, rien de ce qui lui survivra. Par les cris d'orfraie qu'il orchestre, cet homme, dans son oeuvre ultime, a simplement affranchi tous ceux qui votent pour le Front national. Ils leur donne le pouvoir de le revendiquer désormais ouvertement sans avoir à supporter l'héritage de la collaboration et de la gégène. Ce faisant, il a créé de la façon la plus artificielle qui soit la respectabilité de ceux qui lui succèdent. 

Le fascisme nouveau est arrivé, il s'est nourri des entrailles du vieux pélican. Passant souviens-toi que sous le plumage de sa descendance, sommeille le même animal.

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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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