vendredi 7 août 2015

Le feuilleton de l'été : MH370 - Préambule*

Ouf ! Ça y est, c'est sûr, le bout d'aile découvert sur une plage réunionnaise fait partie du Boeing sept cent soixante dix-sept de la Malaysia Airlines MH370 disparu des écrans radar le 8 mars 2014 avec quelque 239 personnes à bord. Comme moi, vous aurez entendu ces journalistes avisés, jamais à court de ressources pour marquer leur maîtrise du sujet, parlant du Boeing sept sept sept et même du Boeing triple sept (uniquement pour les amateurs de liqueur ; c'est un code secret). C'est dire s'ils en connaissent un rayon. Si le ridicule tuait, il y aurait sérieusement de l'embauche dans les salles de rédaction.

Un peu avant l'été, j'évoquais les nanards que la presse allait nous infliger durant ces huit semaines estivales. Pour ceux qui veulent comparer la qualité de mes prévisions à celles de Météo-France il suffit de cliquer ici (les nanards de la presse). En même temps, je n'ai aucun mérite, tous les ans c'est le même refrain. Toutefois, j'ai oublié le tube, le feuilleton, le roman, bref, l'événement de l'été. Car il faut bien un événement pour continuer d'alimenter les tiroirs caisses dans une période de vaches maigres côté activité. D'autant que même la météo nous laisse tomber. Quand le temps est incertain, les français quittent l'apéro pour consulter les oracles Laborde ou Verdier histoire de savoir si le gamin jouera au jeu vidéo sur la plage ou dans sa chambre. C'est le moment de leur coller de la pub à outrance. Certes, ça ne remplit pas autant les caisses qu'un bon gros événement qu'on peut faire durer mais c'est toujours une compensation que la presse écrite n'a pas. Bon, il y a bien eu un peu de canicule mais pas vraiment de quoi scotcher les héritiers devant leur télé pour mesurer la probabilité de toucher l'héritage. "C'est pas vraiment qu'on attende après mais comme on se souvient plus vraiment du chemin pour aller jusqu'à la maison de retraite, on voudrait pas se trouver de court" disait un voisin de camping après avoir maugréé contre ces égoïstes de politiques qui se foutent bien de la misère dans laquelle on vit.

Dans un premier temps, la mode étant aux guerres de religions, on a bien tenté de nous offusquer sur la pseudo agression par des musulmanes d'une jeune fille innocente qui se faisait dorer la pilule sur une pelouse de la bonne ville de Reims. Double sacrilège si l'on songe au nombre de souverains très catholiques qui vinrent dans la cathédrale se faire adouber par le Très Haut pour gouverner le royaume de France (dire que pendant près d'un millénaire on a enfumé le peuple avec l'idée d'un Dieu qui choisissait le souverain... et il y en a qui croient encore à ces trucs-là... ). Bref, voilà-t-y pas que des sarrasines viendraient faire des crises de pruderie dans les parcs du berceau de notre royaume de divin droit catholique et apostolique ! Avec à peine un effort que je n'oserai qualifier d'intellectuel, on n'était pas loin d'une provocation façon invasion hérétique de l'esplanade des mosquées. Pis que cela, la prise de Jérusalem par Saladin. Malheureusement, la mayonnaise n'a pas pris. D'abord parce qu'une mayonnaise ça tourne vite sous la canicule, ensuite parce que pour énerver un français en vacances il faut déclarer le pastis dangereux pour la santé et augmenter de 20 % la TVA sur le rosé. En dehors de cela, même des manifestations d'agriculteurs en colère contre l'abolition des quotas laitiers, fils des agriculteurs en colère contre la mise en place des quotas laitiers (encore qu'avec l'espérance de vie qui augmente je suis sûr qu'il y en a qui ont participé aux deux manifestations), ne dérangent pas tant qu'ils ne bloquent pas la route de la plage et qu'ils rendent gratuits les plateaux de pêches ou de melons et les péages des autoroutes. Ils arrivent même à déclencher de la solidarité chez ceux qu''ils empêchent d'aller bosser. De toute façon, cette histoire a fait un flop tout simplement parce que la rixe n'était pas autre chose que ce que vivent nos cours de collège quasi quotidiennement. Une gravure de mode à l'intellect nourri par Closer qui se rebiffe contre une jalouse, biberonnée au coca entre deux Voici, qui l'a chambrée.

Zut, faut trouver autre chose. Allez tiens, puisque les musulmans ne sont pas à la fête en ce moment, et si on trouvait deux ou trois pékins français bien de chez nous, râleurs et pleurnicheurs (pléonasme) pour dénoncer la privatisation d'une crique de la plage publique de Vallauris pendant la venue du roi d'Arabie Saoudite ? C'est pas faute d'avoir essayé même un syndicat de police s'y est mis. Parait que le roi veut pas que les fliquettes le voient prendre son bain. Hey, il parait qu'Angela Merkel ne veut pas que ses gardes du corps la voient sous la douche. Manque de bol, son altesse se déplace avec un bon millier de personnes dont chacune a le pouvoir d'achat pour sa semaine équivalent à un mois de salaire d'un PDG du CAC40. Ça calme un peu les ardeurs des défenseurs du bien public. M'est avis en plus que c'est probablement la seule semaine où le sable n'aura pas enseveli mégots, canettes, bouteilles plastique et autres kleenex. En plus, si tout se passe bien le roi va nous racheter les Mistral russes alors ça vaut bien une semaine de patience. D'autant que ceux qui râlent le plus fort sont, en premier, ceux qui profitent habituellement de cette plage (pas nombreux vue la surface) et on peut les comprendre et, en second, ceux qui n'habitent pas la région et dont on peut se demander ce qui motive profondément leur révolte.

Et voilà-t-y pas que soudainement, Johnny Bègue, qui n'a aucune difficulté pour s'exprimer, membre d'une association de nettoyage des plages réunionnaises, en quête d'un galet qui lui servirait de pilon pour les épices, découvre un bout d'aile d'avion. Immédiatement, chacun pense au MH370. Comme une traînée de poudre, l'information circule dans les salles de rédaction. Déjà des journalistes regrettent d'être en vacances, d'autres se disent que bosser à la Réunion aux frais de la princesse ne serait pas si mal. Les hôtels 5 étoiles pour se reposer correctement, les bons restaurants pour interviewer les témoins, les boites de nuit pour interviewer les témouines. C'est les joies du métier. Chez un élu on appelle ça abus de biens sociaux, chez un journaliste cela porte le nom de frais de déplacement. Je le sais, je les ai côtoyés à Bucarest en 1990, l'hôtel Intercontinental était une fourmilière journalistique. Oui mais voilà, c'est sans compter avec la vie réelle. Récupérer le bout d'aile, l'envoyer dans un laboratoire compétent, attendre les résultats. Ça va bien durer une semaine cette affaire. Va falloir occuper le terrain ! C'est là que nos journalistes vont pouvoir montrer tout leur talent et tout leur savoir-faire, en un mot comme en cent, leur capacité à tenir l'antenne et à écrire des paragraphes entiers sans avoir une seule information à communiquer. 

... A suivre. Prochain épisode : la découverte du fragment d'aile.


(*) ceci est une parodie 

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