mercredi 23 septembre 2015

Innocence collégienne !

Alors que je profitais du privilège qui m'est donné de travailler à mon domicile, je fus attiré par des hurlements, ricanements et autres variantes phoniques s'apparentant à une volée de castrats se coinçant les doigts dans une porte.  M'inquiétant de la tournure que semblait prendre la chose, je me portais vers la fenêtre pour constater qu'une soixantaine de collégiens entouraient deux jeunes filles qui se battaient avec une violence assez ahurissante. Leurs "camarades", pour leur part, les encourageaient à taper plus fort et à faire plus mal. Sans doute fatiguées par tant d'efforts (le collégien est sensible à l'effort), les demoiselles s'arrêtèrent et commencèrent à dialoguer voire même à se pardonner vu les esquisses de sourires qui semblaient se dessiner sur leur visage juvénile. Ceci eut pour effet de déclencher un grand désarroi auprès des spectateurs qui, après un court silence, se précipitèrent sur les deux protagonistes, les poussant l'une contre l'autre façon combat de coqs afin qu'elles reprennent rapidement leurs ébats. Manifestement, les jeunes filles étaient plutôt disposées à ranger la boite à gifles, mais sous les invectives de leurs "camarades", elles commencèrent à reprendre un round au moment où je suis sorti pour tenter de calmer tout ce petit monde. Mes mots de paix et de fraternité eurent pour effet immédiat d'une part, d'attirer l'attention de tous et, d'autre part, de concentrer les énergies sur ma modeste personne qui comprit soudainement ce que peut ressentir la victime d'un lynchage peu avant d'être lapidée, torturée et pendue sur la place publique.

C'est avec bonheur que chaque jour, matin et soir, un coup dans un sens et un coup dans l'autre, nous voyons déambuler cette jeunesse pleine de vie se rendant au collège ou rentrant au domicile familial. Le niveau sonore de cette transumance quotidienne, agrémenté d'un vocabulaire clairement enrichi par les émissions culturelles de la téléréalité, démontre l'esprit de fraternité, de générosité et d'ouverture d'esprit qui les anime. Notre voisine a d'ailleurs mesuré la générosité de cette enfance joyeuse et insouciante à l'état de son joli portail de bois qui mit tout de même quelques mois à résister aux sympathiques coups de pieds qui lui étaient adressés dans un souci évident de maintenir la forme physique de leurs auteurs voire de tester la solidité... des chaussures.

C'est avec un amusement certain que les automobilistes passant par là ralentissent, roulent au pas ou s'arrêtent derrière ou devant quelque troupeau de collégiens déambulant au milieu de la chaussée. "va te faire enculer !", "casse-toi connasse", "t'es pressé sale con" sont autant de vers poétiques portés à l'unisson lorsque ledit automobiliste tente de signifier sa présence.

Ma regrettée Baïka,  chienne golden retriever, aussi douce que magnifique se souvient encore du fond de sa tombe, des insatiables taquineries de ces futurs intellectuels qui lui lançaient d'énormes pétards sur les oreilles.

Notons pour finir que la corde vocale du collégien est probablement l'organe le plus développé.  Il y a quelques jours à peine, un groupe est passé dans ma rue éructant de telle manière que je crus qu'une nouvelle bargarre se déclenchait. Non pas du tout, c'était juste une classe qui s'en allait au sport... avec son professeur.... C'est tout à l'honneur de l'éducation nationale d'engager des professeurs handicapés. J'avoue en effet que ce n'était pas sans une certaine admiration que j'observais cet homme manifestement sourd et aveugle.

Parait-il que 30 % des collégiens ne se sentent pas vraiment "Charlie". 13 % pensent que c'est bien fait pour les caricaturistes et 17 % s'en foutent complètement. 

Pas de chance, ce sont eux qui passent devant chez moi


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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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