dimanche 29 novembre 2015

Alors comme ça, rien n'a été fait depuis janvier ?

Après avoir eu l'immonde comportement que l'on sait à l'Assemblée nationale, la droite, prenant soudainement conscience qu'elle présente un visage quelque peu en contradiction avec les valeurs qu'elle prétend défendre, reprend sa bonne vieille méthode de jets de boules puantes en sous-main. Elle est largement accompagnée en cela par une extrême droite qui, de son côté, n'a jamais cessé de le faire depuis Vichy et une large partie de la presse qui, pour sa part, semble avoir les pires difficultés pour trouver des journalistes pas trop incultes et capables de dépasser le "allô quoi !" d'une bimbo en mal de notoriété... et sans doute aussi d'autre chose.

Voilà donc le nouveau refrain distillé insidieusement et relayé à qui veut bien l'entendre par tous les grands ténors : Rien n'aurait été fait depuis les événements de janvier ! Même certains membres des familles de victimes du 13 novembre le disent, alors, c'est bien la preuve que c'est vrai. C'est même pour ça qu'ils refusent de participer à l'hommage national. Si si, ils l'ont écrit sur Facebook et Twitter et dit à nos journalistes qui s'en sont fait largement l'écho. Ils ont dit que si les mesures avaient été prises, abaaoud n'aurait jamais pu revenir de Syrie et deux terroristes n'auraient jamais pu passer par la Grèce au milieu des réfugiés sans se faire remarquer. En plus, il parait qu'abaaoud est revenu au milieu de la foule devant le Bataclan, c'est bien la preuve que rien n'a été fait depuis janvier ! 

Bon, deux, trois petites réflexions si vous le permettez. D'abord, le statut de victime ou de famille de victime, aussi abominables que soient les circonstances et aussi profonde que soit la douleur, ne légitime en rien l'avis de ladite victime sur les moyens mis en oeuvre pour assurer la sécurité du pays. J'ajouterais même, sans vouloir choquer à l'heure où le deuil et le respect doivent prévaloir, que sur près de 650 personnes atteintes le 13 novembre, la probabilité est loin d'être nulle de rencontrer à peu près l'équivalent de la société française soit des gens bien, des généreux, des intelligents mais aussi des imbéciles, des peigne-cul, des gens de gauche, de droite, des croyants, des athées, des gens équilibrés et des névrosés. Comme dirait Brassens, quand on est con on est con et si le temps ne fait rien à l'affaire, le fait de s'être trouvé au mauvais endroit à la mauvaise heure n'y fait rien non plus. Etre victime ne rend pas plus intelligent, plus pertinent, plus bête ou plus je ne sais quoi. Cela n'interdit pas aux victimes évidemment de donner leur avis mais cela ne donne pas le droit de coller à cet avis une valeur plus pertinente que pour le vôtre ou le mien. En fait, la bonne réponse vient de l'Elysée... chacun vit son deuil à sa manière. J'ajouterai juste, laissons avec leur conscience, si tant est qu'ils en aient une, ceux qui, de plus, profitent, exploitent et manipulent le deuil et la douleur au bénéfice de leur intérêt politique et/ou financier. Suivez mon regard.

Tiens, à propos, c'est vrai des victimes mais c'est vrai aussi des témoins. De ce côté-là aussi il y a de tout. Ôtez-moi d'un doute. Qui est le plus méprisable ? Le patron d'établissement qui, après une valse des enchères, vend cinquante mille euros le film qu'il a fait de la tuerie qui se déroulait sous ses yeux ou le média qui l'a acheté contribuant ainsi à développer un nouveau marché du sordide déjà largement institutionnalisé dans les pays anglo-saxons que nous admirons du fond de notre complexe béat.

Allez, passons maintenant au "rien n'a été fait". On savait que globalement nous avions tous une mémoire de poisson rouge largement entretenue par un temps médiatique qui chasse une info par une autre sans le moindre traitement des tenants et des aboutissants reléguant aux limbes l'épilogue de l'histoire. D'ailleurs François Mitterrand ne disait-il pas qu'"un journal, c'est fait pour emballer le poisson" ? Bref, donc, rien n'a été fait. Mais alors, que n'a-t-on entendu durant des mois sur la honteuse exploitation des événements de janvier par un gouvernement et son presque fasciste de premier ministre pour mettre en oeuvre une honteuse politique sécuritaire visant à restreindre les libertés individuelles. Oserai-je rappeler que les mesures prises aujourd'hui le sont dans le cadre d'un état d'urgence ? L'extrême droite les revendique en affirmant que le gouvernement s'est rangé à sa raison. Elle oublie juste de préciser que ce qui est appliqué dans le cadre de l'état d'urgence, l'est de façon exceptionnelle sous autorisation parlementaire ; ce qui est le propre de l'état d'urgence. Tandis qu'elle souhaite, elle, faire de l'état d'urgence... un état normal. Cette petite différence n'est pas anodine et devrait faire réfléchir les porteurs d'accents chti ou pointu prêts à s'abandonner aux bras des héritiers de Pétain. 

Mais puisque nous avons une mémoire de poisson rouge et que le gouvernement a été mauvais sur le renseignement n'ayant pas su surveiller les terroristes, souvenons-nous un tout petit peu de la façon dont cela s'est passé lors de la discussion au printemps de la loi sur le renseignement. Quelques petits rappels :
La Quadrature du net, association de défense des droits et libertés des citoyens sur internet estime que la décision du Conseil constitutionnel visant à valider la loi "légalise la surveillance de masse et avalise un recul historique des droits fondamentaux". Elle illustre la démission du Conseil "de son rôle de garant des droits et libertés" et "contribue ainsi à saper les fondements même de la démocratie". "La raison d'État s'est brutalement imposée à l'État de droit".
Pour le Syndicat de la Magistrature, "la déraison d'État a fait son chemin jusque sous la plume du Conseil constitutionnel". Critiquant les "motivations péremptoires" pour approuver un système de surveillance massive des populations, le syndicat juge cette décision "désastreuse" : "la démocratie devrait pourtant être en berne : la France vient de faire le choix de la raison d'État contre les libertés".
Rubin Sfadj, avocat, "la Vème République a-t-elle une Constitution ?". Il décrit une décision "effroyable", "illisible" et "absconse", et s'interroge sur la réelle capacité du Conseil constitutionnel à remplir son rôle convenablement.
Allez, un petit coup d'Amnesty International : "coup majeur porté à la vie privée et à la liberté d’expression en France". ..."les mesures de surveillance désormais autorisées sont complètement disproportionnées (par rapport à quoi, je pose la question après le 13 novembre). De larges pans de la population de la France pourraient bientôt se trouver sous surveillance pour des raisons obscures (???) et sans autorisation judiciaire préalable".
Et le Front de Gauche, toujours prêt à dire ce qu'il ne faut pas faire :Les députés voteront contre le projet de loi, le jugeant porteur de "graves atteintes aux libertés individuelles", "Au terme de l'examen de ce texte, l'équilibre entre le renforcement de la politique de renseignement et le strict respect des politiques individuelles n'est pas atteint. Donc nous voterons contre ce texte", déclarait André Chassaigne.
Allez, vous voulez le pompon ? Je vous l'donne Emile, Marine Le Pen, sans rire qui dit  : "Elle (la loi sur le renseignement) prévoit de donner au Premier ministre des pouvoirs exorbitants, hors de tout cadre judiciaire, pour surveiller les citoyens au mépris des libertés publiques élémentaires, du respect de la vie privée et des droits essentiels de l'opposition politique".
Je vous épargne les articles de Mediapart. 

Mon propos n'est pas d'apprécier si ce qui a été fait ou pas fait est bien ou pas bien. De ce point de vue, je pense seulement que si notre sécurité était entre les mains de tous ceux qui la commente, on aurait sérieusement du mouron à se faire. Non, en revanche, il m’apparaît qu'il fut un temps où il y avait un ministre qui décidait du traitement de l'information à l'ORTF. Souvenez-vous d'Alain Peyrefitte avec ses paraboles en guise de pavillons auditifs. A l'époque, seul le verre à moitié plein avait droit de cité. Depuis, les médias se sont multipliés et la presse s'est diversifiée. Pour autant, les fantômes d'une presse inféodée au pouvoir ne cessant d'hanter les esprits, on semble vouloir témoigner de son indépendance en se limitant à relater le verre à moitié vide, ce qui ne change pas vraiment la donne. Verre à moitié plein ou à moitié vide, dans un cas comme dans l'autre, c'est le citoyen qui pâtit de cette présentation parcellaire du monde qui l'entoure. Notre démocratie est malade de sa presse qui n'a même plus le courage (à part l'"Humanité") d'assumer ses opinions. 

Il faudra bien un jour dénoncer cet état et lancer le débat mais comme disait Coluche : "les gens peuvent se plaindre des bavures policières. Mais comme pour ça faut qu'ils viennent au commissariat, ... on est tranquilles pour un moment." 

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