mardi 8 décembre 2015

Maréchal, nous voilà !

"Maréchal nous voilà !", vociférait à Marion la populace au bel accent "pagnolesque" tandis que les gars de la "Marine" étaient accueillis au son de "bienvenus chez les chtis".

Six régions, un département sur deux, la France de Vichy s'est relevée. Personne n'avait voulu voir dans le premier bâillement de 2002 les prémices d'un réveil durable de la "bête immonde". Cette bête qui profite du désespoir des uns pour justifier sa haine des autres. Cette bête qui sait qu'elle peut compter sur la horde des bras séculiers au cerveau vide qui préférera toujours le simplisme du slogan à l'effort de la réflexion. Ces fainéants du bulbe pour qui une idée exprimée en plus de trois lignes ou de trois minutes devient ennuyeuse et donc nécessairement inutile. Ceux qui pensent que pour éviter les réponses, il suffit de supprimer les questions ; le rejet est tellement plus simple et plus facile surtout quand il incombe à d'autres de l'appliquer. Ceux pour qui la désespérance doit être marquée d'une cocarde pour être considérée. Ce n'est pas la souffrance qui hiérarchise l'attention, c'est la pureté du sang que par une ultime pudeur on appellera nationalité. Êtes-vous français ? oui-non Si oui, êtes-vous né français ou naturalisé ?

Car c'est bien de cette France-là qu'il s'agit. De la France des fronts bas, des xénophobes et des simplistes. C'est la victoire de "Travail-Famille-Patrie" sur "Liberté Egalité Fraternité". C'est la victoire de ceux qui ont toujours refusé la responsabilité individuelle qu'exige une démocratie digne de ce nom. Ceux qui ne rêvent que de chefs pour penser pour eux. Des chefs qui les protègent et leur assurent la pérennité du pain et des jeux. Ils ne leur en demandent pas plus, mais pas moins non plus. Royalistes ou républicains selon ce qui les arrange, l'élection n'est pour eux que le moyen de sacrer ou de destituer selon l'humeur du moment. En dehors des échéances électorales, nul devoir. Juste des veaux qui n'aspirent qu'à regarder passer les trains en broutant une herbe dont il refuseront de porter la responsabilité mais qu'ils trouveront toujours moins grasse que dans le champ d'à-côté.

Peuple victime, peuple en désespérance me dit-on. Ce peuple innocent de tout, travailleur, honnête, qui ne triche, trompe, ment, grille les feux rouges ou les stop, emploie sans déclarer, fausse les factures que poussé par d'évidentes raisons "déculpabilisantes". Il y a peu encore on m'expliquait que vouloir faire le bien suffisait à justifier le contournement des règles. C'est la méthode "Poissonnard". L'intention, qui n'est faite que de mots, explique et excuse tous les comportements. "Salauds de pauvres" aurait dit Grandjil.

Cette France-là a toujours été présente, elle était juste en sommeil, comme un virus emprisonné dans le permafrost, anesthésiée par une histoire toujours écrite par les vainqueurs. France des perdants et des frustrés qui trouvent soudainement l'occasion d'écraser ceux qu'elle désigne responsables de sa médiocrité. Elle n'attendait que les conditions favorables à son réveil.

Les explications de ce réveil ne manquent pas. Les responsabilités de ce réveil ne manquent pas non plus et même si elles sont à des degrés divers, il n'est pas une formation politique, pas un média et sans doute, pas vous ni moi qui peut s'en prétendre innocent. Mais il est temps de cesser de pardonner et de justifier par la seule raison qu'il existe des explications au sentiment d'abandon. Aucune explication ne peut constituer une excuse suffisante pour porter dans les urnes ce qui contribue à la fragmentation de l'humanité et donc, nécessairement, à la promotion de la bêtise et de la haine. Et parce qu'elle est dangereuse et vociférante, c'est vers cette France-là qu'on tend les micros et les projecteurs en oubliant une autre qui souffre parfois bien davantage, qui ne prône pas ouvertement l'exclusion de l'autre mais qui ne se reconnaît pas dans les représentants qui s'offrent à elle. Cette France-là a fait 50 % de la population, autant que toutes les formations politiques réunies. C'est peut-être en écoutant son silence qu'on trouvera les solutions de renvoyer définitivement le virus dans son permafrost.

L'avenir de la démocratie tient sans doute à cela.


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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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