jeudi 5 mai 2016

L'humour libre !

En scooter, le casque sur la tête, portant des croissants à sa belle. Image romantique d'un homme amoureux mais pas d'un président. Photos prises en rafales, desquelles est extraite celle où on est le plus risible. Jeu comique lorsqu'il est pratiqué entre amis. On est certain d'y paraître irrésistible au moins sur l'une d'entre-elles. Exploitée sur les réseaux, on n'y est plus drôle mais ridicule. Le président n'a pas été épargné par ces "clichés", de la cravate mal ajustée au trucage lors du sommet de l'OTAN où il regarde soi-disant à l'opposé des autres chefs d'Etat. Les titres accolés ?  "Il nous fait honte !" ou "C'est vrai qu'il est con !"... L'élégance médiatique est sans limites. Emmanuel Macron, lui, cumule deux raisons de se moquer. Il est jeune, 38 ans, et sa femme a 20 ans de plus que lui. Qui, sur les ondes, n'a pas brocardé son âge et son épouse ? 

Ah la moquerie ! La belle arme des lâches et des faibles qui pourfendent en meute dans l'arène médiatique. Et la populace qui baisse le pouce au gré de ses ricanements jusqu'à l'exécution de l'être blessé. La moquerie qui, tel un sable mouvant, enfonce et absorbe un peu plus ses victimes à chaque mouvement désespéré pour en sortir. Victimes soudainement coupables de bafouer la liberté d'expression qu'on leur assène en retour de leurs protestations comme un blasphème envers un intouchable sacré. Insidieuse, la moquerie s'est fixée sur l'humour, comme un parasite et, après avoir profité des conditions de sa croissance, a fini par étouffer son hôte pour occuper à elle seule le territoire. Elle a désormais envahi tous les réseaux, les médias, les écoles. Elle est la corde et la pierre numériques par lesquelles elle lynche, salit, dégrade. Elle profite de son habit d'humour pour rendre possible ce que la loi interdit. Puisqu'on peut rire de tout, pourquoi ne pas ricaner de tout ?

L'humour élève, il demande talent et culture. La moquerie exploite les bas instincts et se nourrit de mépris, de rancœur et de jalousie. L'humour appelle la noblesse, la moquerie se répand dans la médiocrité. L'humour est populaire, la moquerie est populiste. Malheureusement, dans les deux cas et sans distinction aucune, c'est à l'humoriste qu'on attribuera la paternité. L'humoriste est partout. Pas une émission, pas un talk show ne saurait se passer de son humoriste. Plus un rendez-vous d'information ne saurait éviter son intervention, son irrésistible chronique agrémentée  des rires parfois forcés  des compères de studio. Il lui appartient de conclure l'actualité sur le ton d'une sentence drolatique. L'humoriste est alors inattaquable, intouchable. Tout droit de réponse rendrait éminemment ridicule celui qui s'y risquerait. Et ceux qui s'y sont essayés s'en souviennent encore. La moquerie, c'est un peu comme le football, ses règles sont si simples qu'elle est accessible à tous et chacun s'y exerce convaincu de son propre talent. Plus aucun journaliste aujourd'hui ne saurait rapporter un fait politique sans l'agrémenter d'une petite note moqueuse.

Car la moquerie s'est invitée dans le débat politique. Comme elle l'a fait pour l'humour, elle a commencé par le séduire par quelques bonnes blagues sans conséquences puis, progressivement, elle l'a empoisonné, étouffé, occis. Pour attirer son public elle y a introduit le simplisme de la pensée et la prééminence aux incompétents. La moquerie a rendu le débat inutile. Avec elle, on ne combat plus les idées, on tue ceux qui les portent. Il n'est plus nécessaire de raisonner, il suffit de ridiculiser, de rabaisser, de détourner. Tout incompétent a désormais le pouvoir d'abattre l'être de raison avec le sourire de ceux qui applaudissent le génie du simple, celui qui a su tourner l'élite en dérision. Avec la moquerie, la populace a trouvé les pics des temps modernes pour massacrer les duchesses de Lamballe et exposer leur tête sur les réseaux sociaux.

Méfions-nous, avec le ricanement de tous sur tous et pour tout, la moquerie s'est faite la servante de l'oppression.. C'est par ce drôle de rire que l'on installe des régimes qui ne rigolent pas. Retrouvons vite les idées et le débat, c'est le gage de notre liberté.

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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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