dimanche 7 août 2016

Ami entends-tu ? ... Même pas peur !

C'était écrit. Les terroristes ont gagné. Braderie de Lille, Championnat d'Europe de cyclisme sur route à Nice, piétonnisation des Champs-Elysées à Paris, festivals de cinéma un peu partout, concerts en plein air, feux d'artifice de La Baule et d’ailleurs... la liste des annulations est longue et ne saurait malheureusement être exhaustive.

Non seulement la fameuse unité nationale n'aura pas duré longtemps (mais qui avait la naïveté d'y croire en dehors de ceux qui ne connaissent pas les Français ?) mais voilà belle lurette qu’ont disparu les "même pas peur !" affichés çà et là et à toutes les sauces de la place de la République jusque sur les banderoles exposées devant les caméras par de fiers manifestants d’autant plus prêts à en découdre qu’ils étaient loin des lieux d’attentats pour sauver... sauver quoi au fait ? La question mérite d'être posée. L’assassinat du père Hamel a montré que désormais plus personne n’était à l’abri le danger pouvant survenir à tout instant dans les lieux les plus reculés et les plus improbables. La peur a rapidement pris le pas sur les aboiements arrogants des résistants de pacotille. 

Tout le monde s’accorde à dire que nous sommes en guerre. Or, dans une guerre il y a des batailles et des embuscades. Il y a des morts et des blessés, des drames, des horreurs, des voisins, des amis, des copains, des fils, des filles, des parents, des enfants, des jeunes, des vieux, des combattants, des coupables et des innocents qui meurent, qui souffrent, qui finissent morts ou estropiés, paralysés, défigurés. La paix revenue, il y aura, comme toujours, des héros silencieux et des traîtres, des lâches, des planqués qui se dresseront en témoins des horreurs sous des regards néo-modernes et néo-blasés qui, après deux émissions de télé, jetteront ces histoires dans la malle à souvenirs abandonnée dans le grenier de la mémoire collective… jusqu’à la prochaine fois.

Ce qu'il n'y a jamais dans une guerre, c'est l'absence de combats, l'absence de victimes civiles et innocentes, l'absence de dégâts collatéraux, l'absence de saletés en tous genres. Non la guerre propre n’existe pas. La guerre propre limitée aux seuls professionnels est une invention de notre petite société confortable, protégée, aseptisée qui ne voit le monde que dans un cadre électronique où toute cible est atteinte avec une précision chirurgicale, où se côtoient les 100 % de réussite et les 0 % de risque et d’erreur. C’est l’invention d’un monde qui se voit sauvé par le président des Etats-Unis à la tête de son escadre plongeant au cœur du vaisseau extra-terrestre venu détruire notre bonne vieille planète. Nous avons oublié que la réalité était tout autre. Durant des siècles, l’humanité s’est construite avec la mort pour partenaire. Avec notre société moderne, sans doute parce que nous l’avons éloignée de quelques décennies, nous avons cru pouvoir vivre en l’ignorant. Nous savons que nous allons tous mourir mais nous vivons comme si nous étions éternels. Ainsi, la mort nous surprend-elle violemment chaque fois qu’elle survient tant nous ne sommes plus préparés ni à la côtoyer ni à l’affronter. Pour paraphraser Tocqueville lorsqu’il évoquait les inégalités : "plus l’insécurité se réduit, plus on se rapproche de la sécurité et plus les insécurités qui subsistent sont insupportables aux hommes. Moins il y a d’insécurité et plus les conflits sont nombreux."

Raison pour laquelle les annulations des événements qui se succèdent ne sont pas le fruit de la seule crainte de nouvelles victimes. Personne n’aurait aujourd’hui l’outrecuidance de garantir une sécurité parfaite. Non les annulations sont tout simplement le fruit de l’odieuse exploitation qui a été faite de l’attentat de Nice à des fins de purs intérêts politiciens jetant aux fauves de l’arène médiatique des responsables politiques livrés à la vindicte d’une populace dressée, le pouce tourné vers le sol, toujours assoiffée du sang de ses élites ou de ses élus dès lors que l’occasion d’en boire lui en est donnée. Qui, à quelques mois d’élections cruciales comme les présidentielles et les législatives du printemps prochain, est prêt à prendre le risque de subir une telle épreuve ? Personne évidemment. L’abominable multiplication des sondages sur la confiance que les Français accordent à leurs gouvernants pour les protéger est à cet égard significative.

Quand oserons-nous dire que cette guerre n’est pas comme les autres parce qu’elle n’est pas l’affrontement de deux armées aux uniformes distincts permettant de reconnaître l’ennemi ? Quand oserons-nous dire que ledit ennemi est à la fois partout et nulle part, qu’il peut être l’inconnu, le voisin, l’ami, parfois le frère peut-être le compagnon de voyage ? Quand oserons-nous dire que cette guerre se fait sans bataille avec des armes improbables et dans des lieux impossibles parce que le nombre de victimes compte moins que la façon dont on les tue ? 

Quand oserons-nous dire que le simple fait de sortir de chez soi fait de chacun d’entre nous un combattant ? Quand oserons-nous dire que le peuple debout, le peuple combattant, le peuple responsable de son destin revendiquant sa liberté héritée des Lumières c’est le peuple qui, « même pas peur » à la boutonnière, s’assoit aux terrasses, assiste aux spectacles, va au cinéma et dans les stades assumant en toute conscience les risques auxquels il s’expose ?

Les Compagnons de la Libération de demain seront ceux-là et non pas les petits comptables mesquins du marché noir de la politique politicienne ou les aboyeurs cachés au fond de leur cave médiatique.

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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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