vendredi 7 octobre 2016

Le cœur et la raison

Sans doute s'était-elle fixée tel un zygote dans quelques contrées propices à son développement. Sans doute avait-elle dépassé le stade embryonnaire et peut-être même peut-on estimer que son organogenèse était en passe de s'achever. Force est de constater toutefois que la grossesse de la République n'aura pas atteint son terme et que, faute de soins, elle aura avorté d'une démocratie définitivement inhumée dans la fosse des utopies bafouées.

Faute de soins parce que la démocratie est exigeante, d'une exigence que notre flemme n'aura pas su satisfaire. La démocratie n'est pas seulement une affaire d'institutions qu'on adapterait comme une norme ISO X mille dans une version point six de la République. Changer les institutions ne sert à rien si l'on ne change pas d'abord les mentalités. Ce n'est pas le feu tricolore qui sécurise le carrefour. Il n'est qu'un outil qui n'a d'utilité que si l'on s'en sert, c'est-à-dire si l'on s'arrête quand il est rouge (et même dès qu'il est orange). Dans le cas contraire, l'accident est souvent plus effroyable qu'en l'absence de signalisation. Rien n'est possible, rien ne peut se faire sans l'intelligence, la participation, l'implication de tous.

Avec le cancer du consumérisme prôné par les chantres de la croissance à tout crin, on consomme du service public comme on fait ses courses dans un drive de supermarché. Le verbe politique n'est plus qu'un discours, un slogan adressé à des consommateurs manipulés, une vindicte à l'attention de frustrés revanchards dont on exploite la rancœur sans vergogne. Sous le prétexte d'un égalitarisme effréné, on fait du discours de masse comme on fait du produit de masse, abandonnant la qualité au profit de la quantité. La médiocrité est érigée en standard accessible au plus grand nombre. A la sensibilité subtile et nourricière, on a préféré la sensiblerie, façon série Z  américaine des après-midis télévisés, avec son simplisme et son cortège d'ours en peluche, d'épitaphes et de citations dégoulinantes de mièvrerie déposés entre deux bougies chauffe-plat au pied d'un mausolée improvisé sur le théâtre de l'horreur. Le pathos, l'émotion jouée devant la caméra par l'éternel visage enfoui dans le cou de la meilleure copine, la jouissance onanique ressentie dans l'exhibitionnisme de sa propre souffrance supplantent désormais la moindre analyse objective et factuelle. Pis que cela, celle-ci est réfutée et traitée en sacrilège lorsqu'elle met à mal la vulgarité émotionnelle ambiante. Une espèce de syndrome "Térésa" qui nous interdit de nous interroger, en dehors des circuits confidentiels, sur les pratiques de la congrégation des Missionnaires de la Charité dès lors que sa fondatrice à été canonisée.

On ne voit bien qu'avec le cœur disait le Petit Principe. Certes, mais il précisait que c'était parce que l'essentiel était invisible à nos yeux. Le cerveau  restait le siège de la raison. Beaucoup ont à gagner en nourrissant l'instinct des cœurs plutôt que l'intelligence des cerveaux.



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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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