samedi 12 novembre 2016

Trump ou Néandertal, sans doute une histoire commune.

S'il devait y avoir une cote boursière pour les noms et les qualificatifs, reconnaissons qu'establishment, élite, populisme et bobos seraient en bonne posture pour crever le plafond des valeurs les plus élevées.

Car c'est d'abord la défaite des élites que ne cessent de nous répéter à peu près tous les observateurs des élections américaines et dont se gobergent tous ceux qui se targuent d'être les porte-paroles des sans voix, des sans grade et, je n'ose dire, des sans dents. C'est la défaite de l'establishment, mot chéri et ressassé dès le début des années 80 par un certain Jean-Marie Le Pen, repris depuis, comme pour adouber discrètement ses idées à qui veut bien l'entendre, par toute une ribambelle de démagos qui dénoncent chez le voisin la couleur du costume qu'ils portent eux-mêmes.

C'est la victoire du bon sens populaire, vous diront les mêmes, la victoire de ceux qui souffrent, de ceux qui travaillent et qui subissent, c'est la victoire des sans-voix et des sans grade, de la majorité dite silencieuse, la victoire des petits, la revanche des manuels sur les intellectuels, la victoire des pauvres et des laissés pour compte de la mondialisation qu'on n'écoute jamais.

Dans la vision manichéenne qui est la nôtre et qui confine au simplisme notre vision du monde, la société se sépare en deux. Potentiellement, on veut bien aller jusqu'à trois mais au-delà, ça devient trop compliqué, trop fatiguant. Et dans une société qui justifie ses jugements davantage par des slogans que par des analyses, il ne faut pas trop en demander. Il y a donc deux catégories d'individus qui se côtoient sur la planète. Il y a les bons et les méchants, les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes, les cultivés et les abandonnés d'une école qui n'a pas rempli sa mission, les coupables et les victimes, les riches et les pauvres, les intellectuels et les manuels, les gagnants et les perdants, les méchants agriculteurs qui polluent les nappes phréatiques avec des produits chimiques et les gentils paysans qui utilisent des pesticides naturels puisque c'est bien connu, un produit naturel n'est pas chimique. Les intoxiqués à l'amiante apprécieront. Il y a ceux qui relèvent tout un ensemble de données avec des outils extrêmement sophistiqués et qui les modélisent avec de puissants ordinateurs pour nous dire la météo du lendemain et des jours qui viennent et ceux qui pensent que "s'il fait grand froid à Saint Pierre Damien, l'hiver reprend sinon s'éteint". Il y a ceux qui étudient, lisent, voyagent pour découvrir, comprendre le monde qui les entoure et tenter d'y trouver un chemin, une voie d'évolution harmonieuse et apaisée et il y a ceux pour qui le quartier et Cyril Hanouna sont des horizons bien suffisants, qu'il n'est pas nécessaire de s'occuper des autres quartiers et si chacun faisait pareil et bien il n'y aurait pas de souci et les moutons seraient bien gardés. Il y a ceux qui pensent et il y a les instinctifs. Il y a ceux qui établissent des règles de vie par le raisonnement et ceux qui croient qu'un être céleste a déjà tout dit sur ce qu'il fallait faire. Il y a les généreux et les mesquins. Il y a la complexité des choses et du monde et le simplisme de la conversation de bistrot. Il y a la difficulté de s'adapter à une planète de plus en plus petite, de plus en plus interconnectée au point qu'aucune région du monde n'est épargnée par la souffrance d'une seule des autres parties et il y a la facilité de ceux qui traduisent à leur convenance les singes de la sagesse en pensant que ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire suffit pour être heureux. Il y a ceux qui se cultivent et ceux qui se distraient, il y a ceux qui disent des gros mots et il y a les vulgaires. Et pour finir et faire un clin d’œil aux amateurs bien que la liste ne soit pas exhaustive "il y a ceux qui tiennent le pistolet et ceux qui creusent" mais là n'est pas notre propos.

En somme, il y a ceux qui pensent que l'avenir de l'humanité est commun à tous ou ne sera pour personne. Que ce ne sera pas facile et forcément fait de soubresauts, de confrontations, de chaos interculturels, éducatifs, religieux, philosophiques, politiques mais que c'est le seul rêve possible à traduire en réalité. Et ceux qui prônent la facilité de l'égoïsme, de l'individualisme et de l'ignorance. Il y a ceux qui harmonisent les différences et ceux qui pensent préférable de n'en privilégier qu'une en détruisant les autres. A n'en pas douter, ce sont ces derniers qui ont gagné outre-atlantique et qui fleurissent un peu partout en Europe et singulièrement en France.

Je ne sais pas ce qu'est le bon sens populaire ni qui sont les élites. Je sais juste qu'il y a des êtres qui pensent que l'avenir se construit dans la fraternité et d'autres dans le rejet, la séparation voire l'élimination. Il y a environ 35 à 40 000 ans, il y avait en Europe deux catégories de gens. Des néandertaliens autochtones et des sapiens nouvellement arrivés. D'aucuns ont pensé durant des décennies que les seconds ont pratiqué un génocide au point d'éliminer totalement les premiers. Les derniers travaux de paléoanthropologie  tendent à démontrer au contraire que l'homme moderne serait le fruit d'un métissage entre les deux espèces. L'hypothèse faite à partir des analyses ADN des chromosomes Y montre que l'accouplement d'un néandertalien avec une sapiens ne pouvait être fertile du fait de l'incompatibilité de certains de ses gènes. Incompatibilité qui n'aurait pas lieu d'être dans la cas inverse d'un accouplement entre un sapiens avec une néandertalienne. De fait, la disparition de Néandertal se serait étalée sur 5 000 ans mais serait le résultat de l'amour et non de la guerre.

Il me plait d'imaginer que l'humanité harmonieuse de demain se construira de la même façon, par le métissage de l'intelligence avec la bêtise, de la fraternité avec l'ostracisme, de la bienveillance avec l'intolérance, la stérilité des seconds les ferait disparaître progressivement. Espérons juste ne pas attendre 5 000 ans.

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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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