vendredi 3 février 2017

De l'objectivité du droit à la subjectivité de la justice

Parce qu'il existe de multiples croyances, des dieux et des religions aux préceptes divers et parfois contraires, il fut inventé la laïcité et la primauté de la loi du siècle sur le dogme transcendé. Quelle que soit la croyance, quels que soient les obligations et les interdits religieux, il existe dans la république un espace commun où la seule loi qui vaille est celle de ladite république que chacun doit respecter à égalité de droits et de devoirs.

Parce que ce qui me parait juste ne l'est pas forcément pour toi, lectrice ou lecteur, qui ne partage pas la même histoire que moi, la même religion, la même éducation, les mêmes amis, la même culture, les mêmes goûts et les mêmes envies, il fut inventé l'Etat de droit et la primauté de la loi commune à tous à égalité de droits et de devoirs. A la subjectivité de la justice s'oppose l'objectivité du droit. 

Dans un pays démocratique, la loi s'écrit sur la subjectivité commune au plus grand nombre. Bien évidemment, les plus nombreux peuvent avoir tort mais comme ils sont les plus nombreux leur tort sera d'avoir raison. Par essence, la loi est imparfaite puisqu'elle ne peut prendre en considération l'intégralité des cas particuliers et qu'étant écrite pour satisfaire le plus grand nombre mais pas la totalité, il restera toujours des insatisfaits. Le corollaire de cela est d'une part la jurisprudence et d'autre part la possibilité de ne regarder que le verre à moitié vide pour alimenter une presse qui s'en goberge jusqu'à l'indigestion et une opposition qui ne cherche qu'à contredire la majorité. Depuis le génie des Lumières et la révolution qui donna corps à ses idées, la loi française s'inscrit dans la plus belle devise qu'aucun autre pays n'a su proclamer : liberté, égalité, fraternité, les trois piliers de la morale républicaine. Ainsi donc la loi est écrite, elle devient concrète, palpable, adieu la lettre de cachet, la loi, seule, est la référence commune à tous à égalité de droits et de devoirs. 

La loi peut-elle être injuste ? Oui sans doute. Elle peut l'être aux yeux de ceux qui n'en voulaient pas ou en voulaient une autre et à qui il revient de convaincre le plus grand nombre pour la changer. Elle peut l'être aussi aux yeux de ceux pour qui l'affect l'emporte sur un texte qui tente justement de s'en exonérer. Prenons pour exemple une décision de justice pénale. La sentence est décidée au termes de débats contradictoires confrontés aux circonstances qui ont conduit au non respect de la loi. Elle est juste au yeux des magistrats. Elle est injuste parce que trop lourde aux yeux du coupable et de sa famille pour lesquels l'amour qui les unit, l'affect qu'ils mettent dans l'affaire justifieraient davantage de clémence. Elle est injuste parce que trop clémente pour la victime et sa famille pour lesquels l'amour qui les unit et l'affect qu'ils mettent dans l'affaire justifieraient que leur souffrance et leur dommage soient reportés sur le coupable. Les juges se réfèrent au droit, les coupables à la tolérance et les victimes à la vengeance. La subjectivité rend la conciliation difficile.

De fait, tout serait définitivement simple et les moutons bien gardés si tout un chacun s'en tenait dans ses comportements au respect des principes du droit. Ce qui fait le charme mais aussi le défaut majeur de l'être humain c'est son imperfection et sa complexité qui frise la constante contradiction. Aussi, selon les circonstances, chacun aura-t-il le souci de faire respecter la loi indépendamment de toute autre considération lorsque c'est le voisin qui est en cause. A contrario, pour soi, chacun fera appel à son appréciation de la justice et se soumettra à l'affect pour au mieux supplanter la loi, au pire l'aménager en fonction de ses intérêts propres. Ainsi, François Fillon se trouve-t-il injustement attaqué. Qu'importe qu'il ait ou pas marché totalement ou partiellement en dehors du terrain. Il n'a agi que pour la bonne cause. D'ailleurs, il l'a dit, il est chrétien ; tous ses actes ne sont donc motivés que par la bonne cause. Moi même j'ai connu un président d'association très soucieux du respect des règles et des lois lorsqu'il s'agissait des autres et qui, de temps à autres, prenait pour lui-même et son association quelques libertés. Lorsqu'on lui en faisait le reproche, il objectait que c'était pour la bonne cause et que, quand il s'agit de la bonne cause, il faut savoir parfois sortir des règles. Dès lors, la loi n'était utile que lorsqu'on en avait besoin. Evidemment, avec des principes pareils, il devient difficile de parler de morale républicaine. 

Le grand paradoxe de notre époque est que jamais on n'a autant prôné les valeurs et jamais on ne les a autant bafouées. Mais c'est, je crois, un autre paradoxe qui fait que les Français se singularisent du reste du monde. Aux élus et aux autres l'objectivité du droit avec une totale intolérance du moindre écart et pour soi la subjectivité de la justice et de la religion pour justifier tous les égarements. Et dire qu'ils sont si nombreux à vouloir gouverner pareil peuple...



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