samedi 18 février 2017

Vous avez dit colonisation ?

Autant le dire tout de suite, je ne suis séduit par aucun des candidats à la pantalonnade présidentielle que notre décadence démocratique nous impose. Entre ceux qui se complaisent dans le système et qui font semblant de le combattre sans nous dire d'ailleurs qu'elle est ce satané système, ceux qui n'en disent rien parce que ça leur va bien comme ça et ceux qui se présentent hors des partis et qui se voient reprocher d'être en dehors du système par ceux qui veulent combattre le système mais qui en font partie tout en le regrettant parce que c'est pas bien de ne pas en être et que c'est bien la preuve qu'il est dans le système sinon il dirait pas qu'il est en dehors, j'ai mal à la tête et les punaises me guettent mais que faire dans un cas pareil... Donc, me voilà ben embêté. Mais j'y reviendrai une autre fois.

Oh, j'ai bien compris que lorsqu'il pleut, si Marine Le Pen dit qu'il pleut il faut absolument dire que malgré tout il fait beau parce que sinon nous sommes d'affreux réactionnaires racistes qui soutiennent les discours du Front national, que si quelqu'un de gauche dit un truc juste il faut absolument le contredire si on est de droite et si quelqu'un de droite dit un truc intelligent il faut nécessairement prendre le contre-pied si on est de gauche. Bref, peu importe la valeur de l'opinion émise pourvu qu'elle ne puisse être soupçonnée de donner raison à l'adversaire. 

Alors évidemment, lorsque le gendre idéal des ménagères de plus de 50 ans, jeune premier du cinéma politique en passe de coiffer la tête du générique présidentiel, se met à parler de la colonisation de l'Algérie et même de la colonisation en général en la qualifiant de crime, plus encore, de crime contre l'humanité, youhouhouhou !!! Les cris d'orfraie !!! Ouin ! Ouin ! Ouin ! Les gesticulations des pucelles outragées. Faussement choqués, les adversaires vocifèrent et s'enflamment devant de non moins hypocrites micros et caméras, en jetant des "patries en danger" aux accents dantoniens. Ils crient à l'indignité d'un candidat à la présidence de la république qu'en d'autres temps ils auraient bien écartelé sur la place de grève pour haute trahison. Parce qu'un président se doit de rassembler les Français et d'éviter tout ce qui peut les confronter dans des combats fratricides, fussent-ils limités aux mots, il conviendrait de ne pas soulever une poussière qu'on a mis tant d'années à glisser sous le tapis de l'oubli. Les voilà drapés dans leur mauvaise foi soi-disant patriotique, accusant le candidat pubère d'associer ce qu'ils appellent encore les événements à la Shoah, comme s'il était impossible pour un crime contre l'humanité d'être autre chose qu'un génocide, travestissant un discours qui traitait de la colonisation et non de la guerre qui libéra l'Algérie de l'occupation française.

Eux qui brûlent les foyers d'accueil des réfugiés fuyant d'autres guerres ont-ils oublié ce qu'est le déferlement d'une armée étrangère tuant, violant, égorgeant à tout crin dans le seul but de soumettre un peuple et son territoire aux seules fins des intérêts économiques de l'envahisseur ?
Eux qui veulent abandonner le droit du sol pour les enfants de ceux qui viennent construire les maisons et les routes que l'on ne veut plus construire, ramasser les poubelles gavées de nos emballages futiles et de nos nourritures gâchées, torcher et souvent caresser nos vieux que l'on ne sait plus soigner et nettoyer des chiottes que nous ne savons toujours pas respecter, comment appellent-ils le pillage des ressources naturelles sans lesquelles l'occident en serait encore à se déplacer à cheval ?
Eux, toujours prompts à parler d'honneur et de grandeur de la France, quels qualificatifs attribuent-ils à la déportation de millions d'esclaves, hommes, femmes et enfants, sur d'autres territoires rasés de leurs habitants exterminés, enchaînés à fond de cale sur des bateaux incapables de les conduire à bon port sans en perdre la moitié, pour enrichir quelques Békés revendiqués antillais justement au nom du droit du sol ?
Eux qui crient au rétablissement des frontières et veulent faire payer l'école aux enfants d'étrangers et refuser les soins aux personnes en situation dite irrégulière, qui pensent-ils être le plus respectable ? Le sans-papier ou le cavalier sabrant une famille au nom de la civilisation  ?

Jamais je ne porterai la culpabilité de mes aînés. Pour autant, enjoliver l'histoire de son pays et passer sous silence ses exactions, ses crimes et ses scandales n'est-il pas justement la preuve de la honte que l'on a de son passé ? A-t-on besoin, pour aimer, de faire fi des défauts et des crimes d'un être ? Ne vaut-il pas mieux les reconnaître et les intégrer dans sa complexité pour mieux apprécier les chemins qu'il prend pour se bonifier ? Qui est le plus patriote ? Celui qui regarde l'histoire de son pays en face ou celui qui l'enjolive parce qu'il est incapable de la justifier ?

A la fin du 19ème siècle l'intégralité du continent africain à la marge près de l'Abyssinie (Ethiopie) et du Libéria, est sous domination étrangère. Comment toutes les pucelles outragées par le propos d'Emmanuel Macron ont-elles réagi lorsque le président d'une ancienne république coloniale, tenant de la théorie qu'une morale est mieux dispensée par un prêtre que par un instituteur, ose, du haut de ses talonnettes,  infliger à son auditoire sénégalais que "le drame de l'Afrique vient du fait que l'homme africain n'est pas assez rentré dans l'Histoire " ? Quel est le plus honteux, le propos d'Emmanuel Macron ou celui de Nicolas Sarkozy ?

Notre démocratie est une enfant morte parce qu'elle ne peut plus se nourrir des débats honnêtes qui la font grandir. Ils ont été éliminés par les calculs de petits pouvoirs politiciens comme les coloniaux l'ont fait des peuples autochtones. A force de contredire de façon systématique par des explications alambiquées les propos du concurrent non pour convaincre mais pour détruire, on a fini par perdre le sens des mots et la réalité des drames. C'est à coup sûr le chemin qui conduit à l'esclavagisme politique du peuple.

Bah, il restera toujours des jeux vidéo, des téléphones portables et l'illusion des réseaux sociaux pour le consoler.


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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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