mercredi 21 juin 2017

De Saint Pierre à Ponce Pilate, la lâcheté citoyenne,

Il parait qu'il faut écouter le message super important et vachement grave qu'ont donné les électeurs en s'abstenant. Il parait qu'ils en ont marre, qu'ils n'ont plus confiance et que de toute façon, ils n'arrivaient pas à se décider parce qu'il n'y avait pas de choix intéressant. C'est-à-dire qu'avec en moyenne 15 à 16 candidats par circonscription, certaines allant jusqu'à 28, eh bien, il n'y avait pas le choix.

Franchement, victimiser tout le temps le citoyen, qu'on ferait mieux d'appeler consommateur, lui qui trouve normal pour ce qui le concerne de faire des fausses factures, de truander ses notes de frais, de faire travailler au noir, de ne pas payer de TVA, d'oublier quelques petites choses à déclarer, de mettre ses pieds sur les sièges dans les transports en commun, de ne pas respecter les règles de base de circulation mais qui a une exigence absolue de transparence et de probité s'agissant des autres... car n'oublions pas que dans la tricherie, la différence entre un élu et un citoyen est que le premier est un voyou tandis que le second est un rusé qui paye bien assez d'impôts comme ça et il est donc normal qu'il en récupère un peu... Franchement, disais-je, victimiser tout le temps le citoyen m'invite à sourire trois minutes et à reprendre deux fois des nouilles. Cessons de parler de politique, parlons plutôt du marché de la politique comme on parle du cours de la bourse et nous verrons que soudainement... tout s'éclaire... Chacun ne voit que son petit pré carré et se fout éperdument de l'intérêt général. Il pleure sur les conditions de travail en Chine, Inde, Turquie ou Tunisie qu'il ne va pour autant pas visiter quand il fait ses petits voyages de vacances desquels il revient en portant fièrement la contrefaçon d'un sac Vuitton marchandé à un esclave entre deux visites de temples ou d'églises. Sac qui va drôlement bien avec la robe ou le tee-shirt acheté 10 euros en France chez Zara, Mango, Tati ou Kiabi sans se préoccuper une seconde des conditions de sa fabrication. Et ce ne sont pas les plus pauvres qui ont cette attitude alors inutile de rétorquer que c'est une question de survie. Je rappelle que le seul restau qui a vu son chiffre d'affaire augmenter près de la place de la République durant la période Nuit Debout est le Mac Do. Tous les autres à l'inverse, on vu le leur s'effondrer. En outre, Il n'est qu'à voir les multiplications de lettres ouvertes au futur président de la République, puis au futur Premier ministre auxquelles on a eu droit durant les périodes électorales où chacun exposait son domaine d'activité comme s'il était la problématique essentielle de la nation. A les lire, il était assez clair que si ce qui était écrit n'était pas pris en considération à la lettre (c'est le cas de le dire), alors nécessairement, le futur président ou le futur Premier ministre n'était qu'un gros naze qui ne méritait pas sa place. 

Mais la consommation ne serait rien si la lâcheté n'en était la mère nourricière. Voter c'est choisir. C'est porter la responsabilité de l'élection d'un(e) candidat(e), c'est porter la responsabilité d'une voie politique avec tout ce que cela implique en termes de mesures quotidiennes traitant de la fiscalité, de l'économie, du social, de la santé, de la politique étrangère, de l'éducation, du logement, de la recherche, etc. C'est répondre à ses collègues, ses amis, sa famille, ses enfants, son entourage proche ou plus lointain qui se plaignent, dénoncent, critiquent, etc. Or, comme il est très à la mode de jeter le bébé avec l'eau du bain à la moindre insatisfaction et sans aucun discernement et qu'il est évidemment beaucoup plus facile de dénigrer ce qui est fait que de dire ce qu'il faudrait faire - en dehors bien sûr des vieux poncifs façon "y a qu'à faut qu'on" du genre "il faut arrêter la guerre", "il faut du travail pour tous" et "c'est pas bien les pauvres il faut que ça cesse" - il vaut bien mieux se placer du côté de ceux qui râlent. Au moins là, pas de risque. D'une part ce sont les plus nombreux et il vaut toujours mieux être du côté des plus nombreux et d'autre part, les arguments sont plus faciles à trouver ce qui est bien utile en cette ère "hanounesque" de fainéantise intellectuelle généralisée. Pour convaincre du bien fondé d'une politique, il faut expliquer les choses, tenir compte des tenants et des aboutissants, aborder la complexité, l'interdépendance, etc. Pour remettre en cause, pas besoin de tout cela, une phrase, un slogan suffisent. Bref, si on veut éviter d'avoir l'air con devant les copains qui ne manqueront pas de vous expliquer entre deux moqueries que franchement vous êtes une bille bien décevante d'avoir voté pour tel ou tel, mieux vaut s'abstenir sous le prétexte que les élus sont tous les mêmes, des gens qui ne pensent qu'à leur carrière, qui vivent dans un autre monde et que de toute façon la politique ne sert plus à rien. En somme, puisque les références religieuses sont à la mode, c'est soit Saint Pierre qui renie trois fois avant le chant du coq soit Ponce Pilate qui se lave les mains du sang du juste. Deux formes d'une même lâcheté. Il semble qu'avec l'abstention, la seconde l'ait emporté sur la première. Les scrutins sont clos, il restera à chacun, sous le masque de son pseudonyme, d'exprimer par messages anonymes sur les réseaux sociaux ses indignations, ses révoltes, ses oppositions, ses moqueries, ses insultes et autres dénigrements. 

Nous, population que je n'ose plus appeler peuple et pas encore populace, sommes les premiers grands guignols de cette mascarade qu'on appelle abusivement crise politique.

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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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