dimanche 6 août 2017

La trahison médiatique par excès de médiocrité

Un jour viendra où on mesurera combien le monde médiatique aura été le plus grand destructeur de la démocratie en générale et du débat démocratique en particulier. Aucun élu, aucun dictateur ne lui aura fait plus de mal et de façon aussi insidieuse.
Il n'existe aucun remède, aucune forme possible de résistance. Il faudrait que chacun d'entre-nous s'en empare et cette simple idée est déjà illusoire. Il n'est malheureusement rien d'autre que crier individuellement dans un désert sans écho.
Il n'y a pas de révolution possible contre la dictature médiatique. Et de ce point de vue, Victor Hugo n'a jamais eu tant raison lorsqu'il avançait que "la populace ne fait que des émeutes, pour une révolution, il faut un peuple."

Que les adeptes de tous poils de la théorie du complot ne s'excitent pas, la dictature médiatique n'est pas le résultat d'une organisation de quelques puissants qui voudraient s'arroger un pouvoir. La pire erreur stratégique est de se tromper d'adversaire. La dérive médiatique à laquelle nous assistons (et à laquelle nous contribuons) est juste l'emballement d'un extraordinaire outil désormais aux mains des médiocres. Le vrai risque est là et on a déjà dépassé ce stade tant le processus est déjà enclenché : une espèce de grand ordinateur créé pour servir l'humanité, disposant de tout pour lui permettre d'être maîtresse de son destin, qui s'emballe, qui n'est plus maîtrisé et qui se retourne contre ses créateurs sans la moindre motivation qui puisse justifier ce revirement. Le vrai drame de notre société, son vrai cancer qui la détruira, c'est l'avènement de la médiocrité. C'est TF1, C8, BFM, Cyril Hanouna, les Marseillais à Miami, les gros titres simplistes, l'utilisation irraisonnée des articles définis à la place des articles indéfinis en disant que les Français refusent ou veulent ou sont choqués plutôt que des Français refusent ou veulent, etc. C'est la banalisation de tous les superlatifs où un film, un album ou un roman est qualifié d'événement avant même sa sortie. C'est la toile qui s'affole ou les twittos qui s'énervent parce que dix mille excités anonymes courageusement cachés derrière leurs pseudonymes se sont mis à vociférer leurs insultes étouffant les millions, plus discrets, qui agissent, font, construisent. On veut faire croire que ceux qui gueulent le plus fort sont les plus nombreux et détiennent nécessairement la vérité. Comme on anthropomorphise les animaux, on torture les règles de la rhétorique en collant du pathos dans tous les raisonnements, de la sensiblerie à coups de pseudo morale à toutes les sauces au point d'apprécier les lois et ceux qui les portent à la seule lumière du bien et du mal. Non, notre manipulation n'est pas le fruit d'une volonté supérieure (même si elle existe localement au bénéfice d'intérêts particuliers), elle est juste la conséquence de la médiocrité qui envahit toute notre société à tous les niveaux et dans le moindre de ses rouages. 

Ne nous leurrons pas. La grande masse n'aspire pas à élever son niveau de conscience. L'assurance de la verdure de son pré qu'elle pourra brouter à souhait en regardant passer les trains lui suffit. Il n'est aujourd'hui que des revendications de consommateurs politiquement habillées pour les rendre honorables. 

A l'instar du réchauffement climatique dont l'inertie est telle qu'on ne peut plus espérer aujourd'hui que son ralentissement, la démocratie est vouée à disparaître. C'est déjà un enfant mort-né ou trop moribond pour espérer le sauver. Chacun en veut les bénéfices mais en refuse les responsabilités. L'avenir de notre société s'écrira avec une partie de la population souterraine, faite de délinquance et de beuveries, une immense majorité qu'il suffira de satisfaire à coups de plaisirs virtuels et de machines à rêves et une élite minoritaire mais dominatrice. 

La domination de la masse par quelques uns ne sera pas le projet de ces quelques-uns mais le simple résultat de notre fainéantise intellectuelle alimentant une médiocrité consentie par tous. Ce qui est étonnant, c'est de voir combien les chantres du combat anti-système sont parmi les plus grands complices de cet état de fait. Mais ceci est une autre histoire...




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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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