samedi 21 octobre 2017

Le prix du silence

Allez, je vous la fais façon kachouri : 
"Vous avez été très nombreux à me demander les raisons de mon silence et je vous en remercie. J'en ai été profondément ému. Je connais les attentes des millions de lecteurs qui viennent nourrir leur réflexion à la lumière de mon génie politique. Bla bla bla...". 

Bon, je m'arrête-là parce que si je devais aller au bout de l'imitation, je devrais couvrir mon propos de médiocrité et, malgré mon humilité légendaire, je ne saurais m'y résoudre. Comme dit Erik Satie : "moi, pour la modestie, je ne crains personne.

Pauvre kachouri qui ne se souvient qu'il est conseiller municipal que lorsqu'il reçoit une convocation
pour aller voter aux sénatoriales en lui rappelant que s'il ne le fait pas il devra allonger 100 euros d'amende. Comme quoi, quand on fait appel au portefeuille, même les plus réfractaires retrouvent leurs devoirs civiques. On devrait faire la même chose pour qu'il assiste au conseil municipal ou aux commissions auxquelles il est inscrit. Du fait de son absence, son groupe ne participe pas "aux débats" et ne peut donc jouer son rôle à la fois d'opposant, de proposition et de contrôle. Monsieur kachouri qui se vante auprès de qui veut bien l'entendre d'une compétence aiguisée et d'une expérience approfondie en matière de sécurité aurait été bien inspiré de ne pas se faire, de cette façon, le complice d'une politique et de pratiques qu'il dénonce par ailleurs. C'est d'autant plus dommage que le président de ladite commission "sécurité" n'est pas réputé pour son sens de la démocratie, de l'écoute et de la bienveillance. Il ferait plutôt partie de ceux à qui il est préférable de ne pas trop laisser la bride sur le coup. Mais bon, c'est comme ça, quand l'intérêt personnel prévaut sur l'intérêt général, on en oublie jusqu'à ses devoirs les plus fondamentaux.

Tiens, d'ailleurs, puisqu'on parle de cela. Combien de fois ai-je évoqué ici, et ailleurs, le discours de la servitude volontaire, rédigé au 16° siècle par Etienne de la Boétie à l'âge de 17 ans... Je sais, ça laisse rêveur quand on lit les épreuves du bac mais là n'est pas la question. De quoi parle-t-on ? Nous parlons d'une société dans laquelle le bien commun n'est ni une valeur reconnue ni une responsabilité partagée. Nous parlons d'un consumérisme qui donne le nom de charge à ce qui est une cotisation, qui dit qu'un divertissement animé par Cyril Hanouna est un produit culturel, qui pense que ridiculiser une personnalité en public est de l'humour et qui, au nom du refus de la délation s'interdit de dénoncer un violeur. Affaire Weinstein, Harvey Weinstein, un des plus importants producteurs et distributeur du monde cinématographique mondial. Plus de cinquante femmes, actrices, mannequins, journalistes l'accusent de harcèlement, d'agression sexuelle et même de viol. "Tout le monde savait !" ne cesse-t-on de dire, "tout le monde savait depuis des années !". Ah quel joli monde que ce monde médiatique, si capable de dénoncer le moindre écart à la morale ou à la loi d'un responsable politique quelconque en jurant ses grands dieux qu'il ne répond à aucune volonté partisane ou malfaisante venant de qui que ce soit et incapable durant des décennies de dénoncer des prédateurs sexuels comme Weinstein que "tout le monde connaissait". Mais il faut dire à sa décharge qu'Harvey Weinstein avait l'immense pouvoir de l'argent et de l'influence. Il pouvait faire et défaire une carrière faite de paillettes... et de poudre. Ça calme les envies d'affrontements et les ardeurs des convictions quand on fait partie du même milieu. Combien d'Harvey Weinstein ? Et depuis combien de temps ? 30 ans ? 50 ans ? Un siècle sans doute. Mais il y a prescription. Au-delà d'un certain temps ce n'est plus un crime ou un délit, pas même une faute, c'est un charme que l'on décrit dans les livres d'Histoire. Que ne dirait-on de Victor Hugo s'il vivait en 2017 ? 
Et maintenant c'est haro sur les réseaux sociaux et ailleurs. Tout le monde sort sa tondeuse. C'est le temps des règlements de compte, c'est le temps de l'épuration où les jalousies, les rancœurs, les frustrations se mêlent aux vrais drames, aux viols réels, aux agressions vécues. Mais où était-il durant toutes ces années ce monde médiatique au Canard si prompt à se déchaîner avec une cruauté sans égale sur de possibles emplois fictifs, des cotisations non payés, des coûts immobiliers sous-évalués et si étrangement absent pour dénoncer ce que "tout le monde savait" et pis que cela, pour dénoncer ceux qui savaient et qui se sont tus.

Vers 1548, un adolescent du nom d'Etienne de la Boétie, écrit un discours de la servitude volontaire qui justifie les dominants par la complicité des dominés. C'est le serviteur qui fait le maître. Quelques siècles plus tard, un autre génie, Albert Einstein, écrira : "Le monde est dangereux à vivre! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire". 
La collusion du journalisme avec les pouvoirs quels qu'ils soient n'est jamais bonne pour la démocratie dit-on. Pas certain qu'en étant devenu une succursale du show-business, on y ait beaucoup gagné.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.