lundi 27 novembre 2017

Harcèlement : David contre Goliath

Formidable !!!! Les médias vont nous démontrer une fois encore qu’ils auront été les porte-drapeaux de la liberté, de la démocratie, des valeurs républicaines, de l’humanisme, etc. J’en passe et des meilleurs, quand il s’agit de s’auto-congratuler, ils sont intarissables.

Les voilà qui regorgent de témoignages, partout, dans tous les milieux (sauf le leur évidemment puisque c’est bien connu, aucune salle de rédaction, du moins française, n’a jamais rien vécu de tel). Témoignages délivrés aux esprits pervers qui se délectent, l'air offusqué, des agressions sexuelles subies par telle ou telle personnalité du monde du spectacle, des affaires et même de la politique. Témoignages enfin recueillis grâce à des enquêtes approfondies dont seuls nos médias ont le secret. C’est à celui qui publiera le plus gros dossier, voire le plus sordide, présenté dans des premières pages ou des annonces audio-visuelles, toutes plus racoleuses les unes que les autres, dénuées, on vous le garantit la main sur le cœur, de tout esprit mercantile. 

Fallait-il pourtant que la chose soit si rare ou si discrète pour qu’elle ait eu droit autrefois à si peu de place dans les colonnes, les studios radiophoniques ou sur les plateaux de télévision ?

Lorsque Madame Tout-le-monde subissait les affres de Monsieur Machin, l’histoire méritait au mieux un encart dans le journal local parce qu’il s’agissait de la petite serveuse de la boulangerie que le maître des lieux avait pétri dans son fournil. Cela pouvait intéresser les gens du village qui venaient chercher leur pain et leurs petits gâteaux chez maître Machin. Les dames n’étaient pas surprises tant elles trouvaient un drôle de genre à cette petite qui l’aura sans doute bien cherché. Quant aux messieurs qui prenaient chacun de ses sourires pour une invitation au fantasme, la nouvelle ne fera que leur confirmer que cette gamine était une sacrée petite aguicheuse tout en regrettant secrètement de n’avoir plus aucun espoir d’en profiter un jour. Mais ce qui est scandaleux, c'est que Monsieur Machin est aussi maire du village. Car l’information importante n’est pas que Monsieur Machin ait satisfait son désir libidineux en abusant de sa force masculine et de son pouvoir de patron. Non, l’information importante est que ce soit Monsieur Machin, notable du village, qui est l’auteur du forfait. L’information captivera les gens du village et sans doute intéressera-t-elle ceux qui pensent que tous les élus sont des vauriens. Pour le reste, on évacuera l'information d'un revers de la main avec un sourire dédaigneux. 

Il y a pourtant tant d’autres femmes de chambre dans d’autres hôtels, tant d’autres comédiennes, d’autres secrétaires, fermières, ouvrières, cadres, fonctionnaires, policières, enseignantes, élèves… la liste est longue, trop longue pour être exhaustive ici et de toute façon trop longue tout simplement. Mais c’est ainsi, le fait importe moins que son auteur. Rendons grâce au star-système. S’il n’y avait pas de victimes ou de coupables VIP, on continuerait de passer sous silence ou de traiter dans une déplorable banalité la violence faite aux anonymes.

Mais c’est désormais fini. On prend le problème à bras le corps. On a trouvé un truc qui marche bien. On s’en remet aux autorités, au gouvernement, etc. Ils feront des clips, ils ordonneront des séances dans les écoles (ils trouveront bien une ou deux victimes pour venir témoigner), ils l’inscriront dans le programme de formation des nouveaux enseignants, ils organiseront des stages de formation continue pour les autres, ils créeront des numéros d’urgence, et surtout, ils ouvriront des lignes budgétaires pour expliquer que la femme est l’égale de l’homme parce lorsque cette notion sera acquise par tous, on aura résolu la violence faite aux femmes.

Evidemment, il faudrait être d’une sacrée mauvaise foi pour ne pas admettre que ce préalable nous inscrit sur le chemin du respect dû aux femmes. Mais je vous fiche mon billet qu’il y a moins de probabilité pour Emilie Andéol, championne olympique de judo, 1m70 pour 97 kg, de subir des attouchements sans son consentement que pour la chanteuse Alizée. Comme je vous fiche mon billet que la probabilité sera plus faible pour une supérieure hiérarchique de subir des attouchements sans son consentement de la part d’un de ses subordonnés que l’inverse.

Alors ? Alors m’est avis qu’il est plus que temps de rappeler que l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 ne relève pas seulement de la responsabilité des gouvernants mais de tout un chacun. Pour ceux qui auraient la mémoire courte, et ils ne manquent pas par les temps qui courent, je me permets de le rappeler ci-dessous et de mettre en évidence ce qui relève de notre responsabilité collective et individuelle :
"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité."
Ce que nous vivons à travers ces agressions, toutes plus méprisables les unes que les autres, n’est pas seulement l’agression d’un genre sexuel envers un autre, c’est l’abus d’un pouvoir exercé par le fort sur le faible. C’est une atteinte aux droits humains qui doit être punie comme telle.

J’ai ouïe dire que certains ne pouvaient aborder le sujet avec des enfants parce qu’ils n’avaient pas été formés pour cela. Je veux les rassurer. Ma mère et mon père, issus de milieux qu’on pourrait qualifier de pauvres, ont très bien su expliquer à leurs deux fils que le respect de l’autre, quel qu’il soit, était la première des conditions pour revendiquer son appartenance à l’humanité. 

D’aucuns appelleraient cela le savoir-vivre. C'est à vous, à nous, à moi qu'il appartient de faire de David le vainqueur. Cela porte aussi le nom d'éducation.

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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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