mercredi 28 mars 2018

Gendarme ? Boucher ? Oubli ?

Depuis ces tout derniers jours, circule sur les réseaux sociaux le portrait de Christian Medves, chef boucher au Super U de Trèbes assassiné le 23 mars dernier avec le commentaire "Il n'était pas gendarme, mais boucher au Super U de Trèbes....Il ne faut pas l'oublier, lui et les autres victimes...."

Certes, s'il pleut et si Marine Le Pen dit qu'il pleut, on ne peut quand même pas la contredire sous le prétexte qu'elle affirme qu'il pleut. Toutefois, lorsque je vois circuler, y compris et peut-être surtout, sur des pages de mon cercle d'amis un document rédigé par un militant d'extrême droite tel que ce Jean Lacarrière, je m'interroge sur ce que ce contenu peut apporter comme information nouvelle ou pertinente qui puisse justifier une telle diffusion. Je relis : "Il n'était pas gendarme, mais boucher au Super U de Trèbes....Il ne faut pas l'oublier, lui et les autres victimes....". C'est vrai, le nom de ce gendarme est sur toutes les lèvres, porté par tous les médias et un hommage national lui est rendu. C'est vrai Christian Medves n'est pas gendarme mais boucher. Jean Mazières n'était ni gendarme ni boucher mais viticulteur à la retraite. Hervé Sosna n'était ni gendarme ni boucher ni viticulteur mais maçon à la retraite.  Cette distinction professionnelle justifie-t-elle qu'un hommage national ne soit rendu qu'au seul gendarme ? La perversité du texte laisserait sous-entendre en effet qu'il y aurait deux poids deux mesures et que les "petites gens" ne seraient pas traitées de la même façon. Qu'il y aurait une hiérarchie qui, d'un côté, porterait aux nues du Panthéon de l'Histoire un officier de gendarmerie et, de l'autre, qui abandonnerait aux limbes de la mémoire les anonymes comme vous et moi. Dans cette obsession permanente de toujours vouloir se distinguer, se placer à contre-courant du monde comme un veilleur éclairé qui alerterait la masse aveuglée par son émotion collective, on finit par dire et faire n'importe quoi. Aussi dramatique que cela puisse être, il y a ceux qui se trouvent au mauvais endroit au mauvais moment et celui qui place sa vie en échange de celle d'une otage. Celui-là même qui est du côté normalement protégé, celui-là même qui, a priori, avait un risque bien moindre que tous les protagonistes présents y compris les hommes qu'il commandait. Il n'y a pas de hiérarchie de traitement, il n'y a que la différence entre des victimes et un combattant, qu'une inversion de trajectoire entre ceux qui n'ont pas eu le temps de fuir le meurtrier et celui qui a librement choisi de le rejoindre.

Non, Monsieur Medves ne sera pas oublié, pas plus que Messieurs Sosna, Mazières et Beltrame. Et bien que l'hommage national fut rendu au colonel de gendarmerie, tous furent cités par le chef de l'Etat, y compris Mireille Knoll. 

Mais parmi les victimes, il en est une, vivante mais blessée, sans espoir de cicatrisation. C'est Julie.

Elle non plus n'oubliera personne. Ni les uns, les victimes, parce que son nom aurait pu résonner parmi les leurs, ni l'autre, le gendarme, parce que grâce à lui, elle l'entend encore résonner dans la bouche de ceux qu'elle aime.

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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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