mercredi 13 juin 2018

Bouffés au mythes ! - Partie 2

A ma vue qui enjolive un monde qui serait bien terne s'il ne jouait avec la lumière, d'autres sens viennent compléter la panoplie de mes outils : l'ouïe, le toucher, l'odorat, le goût.

Lorsque j'étais chasseur-cueilleur, leurs talents mêlés me donnaient à connaître et à comprendre la forêt pour que je puisse y vivre et y chasser évitant les multiples dangers et pièges que la nature ne manquait pas de me tendre. Mon ouïe était aussi fine que celle d'une gazelle aux aguets, mon odorat valait largement celui de mon carlin à la recherche de son os dans le jardin, quant à ma vue, elle savait me dire si le mouvement du feuillage était dû au vent ou à quelque prédateur à l'affût.

Il y a quelque 70 000 ans, je fis ma révolution cognitive. Dès lors, je créai des mythes que, grâce au langage, je pouvais partager avec ceux de mon clan qui me renvoyaient à leur tour leurs propres conceptions imaginaires. Il y a un peu plus de 5 000 ans, j'inventai des signes pour fixer mes idées. L'écriture était née. Elle me permit de soulager ma mémoire et d'échanger avec ceux que je ne voyais pas soit parce qu'ils étaient trop loin, soit parce qu'ils n'étaient pas encore nés. C'est ainsi que je fis mes premiers voyages dans le temps. Par l'écriture, les pensées de mes aïeux me devenaient accessibles en même temps que celles de mes contemporains les plus éloignés.

Du mythe à l'idée de l'idée à l'idéal et de l'idéal à l'idéalisme, il n'y avait que peu de pas qu'un Platon, inspirateur du christianisme, n'avait pas hésité à franchir. Le matériel est éphémère et périssable, l'idée est éternelle et touche à l'âme. Tout ce qui relève de l'idée, de l'immatériel est supérieur et accède à la noblesse tandis qu'à l'inverse, tout ce qui se rapporte à la matière touche à l'animal et est inférieur voire ignoble. Ainsi en est-il des sens. L'ouïe et la vue qui communiquent à l'âme sont sensibles à la beauté et seront les récepteurs de l'art. A l'inverse le goût, le toucher, l'odorat se rapportent au corps, éphémère et périssable, sens ignobles et bannis. L'amour est magnifié quand le sexe et la gourmandise sont honnis.

En 2018, à une semaine du baccalauréat, la hiérarchie des sens sévit toujours. On est encore au mépris du métier dit manuel et quand, pour les autres, on propose de partager banc de l'école et bureau de l'entreprise, on préférera parler d'alternance plutôt que d'apprentissage qui rappelle trop le boulanger ou le maçon, seuls exemples trouvés par les médias pour illustrer ce mode pédagogique. On ne mélange pas les serviettes et les torchons, encore moins l'admiration et la condescendance. Vous ferez Sciences Humaines en alternance ou plomberie en apprentissage. Attention de ne pas mélanger, vous porteriez atteinte au mythe.

Ultime cerise sur le gâteau de la hiérarchie des sens, pour justifier sa compétence, il suffit désormais de s'afficher bac+2, bac+3, bac+5 et même bac+6... inutile de préciser son métier, cette simple étiquette suffit à elle-même.

Pour en côtoyer, je sens que l'humanité progresse.

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Plus la beauté prendra de place moins il en restera pour la barbarie

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